Musique

À Marseille, un bar s’anime chaque mardi soir, au rythme de la musique latine, offrant un espace de rencontre et de culture.

En passant par la rue Crudère, des notes de musique à consonance latine s’envolent. Devant l’embrasure de la porte du numéro 3, les clients d’un bar, Le Massilia, sont attroupés, une bière à la main, le temps de fumer une cigarette. Si vous tendez l’oreille lors de votre passage, vous pourrez distinguer des phrases enjouées, lancées en espagnol ou en portugais. Vous laisserez-vous tenter par quelques pas de salsa dans l’entraille de ce bar, situé dans une des rues perpendiculaires au Cours Julien ?

Toutes les semaines, l'événement “Massilia Latin Jazz” réunit un public divers entre habitués et débutants, pour profiter des performances de musiciens de tous niveaux. Ici, on danse, on rit et on partage des moments de convivialité. Pas de crainte, votre niveau de danse ne sera pas jugé. L’important c’est de se laisser emporter par les rythmes proposés. “C’est alegre*, il n’y a jamais de bagarre, c’est une soirée dansante donc c’est bonne ambiance” raconte Dime, d’origine brésilienne, habitant en France depuis plusieurs années.
Tous les mardis, lui et ses amis viennent danser la salsa. Certains weekends, il troque sa casquette de danseur confirmé pour celle de dj brésilien, et mixe des musiques de son pays. Le jeune homme explique aussi que la communauté brésilienne de Marseille est très importante mais qu’il essaie de privilégier différents types de soirées pour rencontrer d’autres gens, ou il finit par se retrouver toujours avec les mêmes personnes.

Fred apprécie surtout la régularité de ces événements. “Dès que s’instaure un truc à Marseille, et que c’est récurrent, comme au Massilia, il y a des aficionados**. Parce que le problème à Marseille, c’est l’éphémérité” lance-t-il en faisant référence aux Docks Des Suds, dont la fermeture était prévue en décembre, mais a été repoussée à mars 2025, grâce à la mobilisation du collectif “Où va la nuit ?”. Sur les réseaux, ils fustigent que Marseille manque cruellement d’infrastructures capables d’accueillir des événements culturels et musicaux.

Anggi, tout juste arrivée à Marseille, l’a tout de suite remarqué : ici, on danse moins qu’au Pérou. Elle pense que c’est dû à l’espace, trop exigu pour laisser les corps s’exprimer librement. Ce qui lui plait vraiment, en revanche, et qui lui rappelle son pays, c’est les “show en vivo” : des concerts où les musiciens performent en direct sur scène pendant que le public danse.

Ce soir, parmi les musiciens du groupe Massilia Latin, Tommy prend place derrière les percussions. Remplaçant officiel du batteur, il a appris à jouer en Amérique du Sud. Fasciné par cette culture, il a parcouru les villages afro-descendants de Cuba, du Pérou et de Colombie, s’imprégnant des rythmes locaux. De retour à Marseille, le Massilia est pour lui un repère marqué de régularité: “C'est un peu le réseau ici, c’est un espace où avec tous les musiciens on se croise, on s’apporte beaucoup de choses, on se retrouve, il y a plein de zicos, puis il y a tous les potes qui aiment danser la salsa, toute la communauté latine, il y a plein de têtes que je connais ce soir.”

Après deux ans d'existence, la Jam Latine du Massilia est considérée comme un nouveau souffle pour la communauté latine. Tout en interrogeant l’irrégularité des événements marseillais et la raréfaction des espaces festifs de la ville, elle se positionne comme un rendez-vous incontournable pour les amateurs de musique et de danse latino, où chacun y trouve sa place.

joyeux* en espagnol
habitués** en espagnol

Estelle Bouchart