Musique

« Maintenant vous fermez votre gueule et vous écoutez le poète, c’est après que je veux vous entendre. » Ces mots claquent dans l’Arena du Pays d’Aix, où Damien Saez s’est produit le 21 mars 2025 dans le cadre de son Apocalypse Tour.
 

Photo du concert de Saez

« Maintenant vous fermez votre gueule et vous écoutez le poète, c’est après que je veux vous entendre. » Ces mots claquent dans l’Arena du Pays d’Aix, où Damien Saez s’est produit le 21 mars 2025 dans le cadre de son Apocalypse Tour.

Il enchaîne 3h30 de performance, quatre bières et un verre de whisky, sans que sa voix ne vacille une seule seconde.
Présent sur la scène française depuis plus de vingt ans et désormais âgé de 47 ans, Damien Saez est de ceux que l’on idolâtre ou que l’on exècre. Clivant par son timbre vocal, controversé pour ses prises de position tranchées, il demeure un poète engagé, un électron libre qui bouscule, dérange et inspire. Il ne manque pas de partager ses
convictions politiques anarchistes, tant en plein concert qu’à travers sa nouvelle chanson Anticommunautaire.

Il ouvre son concert avec Venise, extrait de son nouvel album Apocalypse. Six premières minutes d’immersion dans un univers doux et mélancolique, jusqu’à l’arrivée de sa muse, Ana Moreau, qui le rejoint en fin de chanson. Silencieuse, la fosse retient son souffle, suspendue aux paroles qui coulent lentement, enveloppant le public.

Déjà, des cris fusent : « Damien, on t’aime ! », que l’artiste balaye du regard, sourire en coin, un brin hautain.

Parmi ses nouvelles chansons, Fleur iranienne, accompagnée d’une vidéo montrant l’étudiante dénudée à Téhéran qui avait fait le tour d’internet en novembre dernier. Il y dénonce l’oppression et l’intolérance religieuse, ainsi que la persécution des femmes à travers l’histoire et les cultures. Enfin, il célèbre l’amour comme une forme de résistance : « Qu’il me brûle, moi je garde mots d’amour pour toi. »

Soudain, des néons éclairent la scène, formant le symbole féminin. Saez entame Je suis féministe, où il énumère toutes les raisons pour lesquelles il se dit féministe, comme pour se justifier de celles pour lesquelles il ne l’est pas.

Avec Ptite pute et La belle au bois, son féminisme entre en contraste avec certaines de ses autres positions, notamment sur les femmes et les influenceuses, qu’il critique ouvertement. Peut-être a-t-il eu le cœur brisé par l’une d’elles dans sa jeunesse : « Je suis tombée dans le feu d’une putain d’allumeuse », chante-t-il dans Mon influenceuse.

Au fil du concert, il entonne ses anciens morceaux pour satisfaire ceux pour qui la douce et flottante poésie ne suffit pas. Les pogos font rage au centre de l'Arena : Ptite pute, Jeunesse lève-toi, J’accuse, Miami, Pilule et bien d’autres.

Avant d’entamer Manu dans l’cul, Damien Saez taquine le public : « On m’a dit que je suis dans une ville de bourgeois. Vous ne connaissez pas, vous, le 3 du mois ? », lance-t-il, en référence à sa chanson. Il enchaîne : « Bon, on va voir si vous chantez alors. »

Le concert se clôt avec Tu y crois, sans artifice, sans rappel : il est déjà bien trop tard. Damien s’en va. Les musiciens quittent la scène un à un, solennellement, sous les applaudissements nourris de la foule. À la sortie, Lucie, le visage coloré de dessins représentant Saez, s’exclame : « C’est mon premier concert +12, ahah ! »

Les fans s’attroupent, se reconnaissent, et regrettent déjà leur artiste tant aimé.

Estelle Bouchart