L’artiste Robinson Khoury est de retour avec son troisième album MŸA, un opus expérimental, mélangeant musique traditionnelle et électronique.
Qui est Robinson Khoury ?
Khoury, né en 1995 dans une famille de musiciens, s’intéresse très rapidement à la musique. Très vite, il acquiert une réputation prestigieuse, travaillant avec de nombreux musiciens tels que Ibrahim Maalouf, Quincy Jones et les ensembles SARĀB et Metropole Orkest. Après plusieurs années dans le groupe Uptake, Khoury sort son premier album solo Frame of Mind en 2019. Même si Robinson Khoury est plutôt connu en tant que tromboniste, il est également multi-instrumentiste (synthétiseurs, instruments à vents) et chanteur.
Qu’est-ce que MŸA ?
MŸA, aux couleurs orientales et futuristes, nous transporte dans un monde où l’expérience est au centre, qu’elle soit musicale ou humaine. Inspiré par les mélodies
anciennes, la musique arabe et les rythmes sur la peau, Khoury nous emmène dans l’univers de la création.
« [Mÿa est une] vision personnelle de la déesse de la création, sans être assimilée à un univers spécifique. », Robinson Khoury
Premier morceau de l’album, Cosmos met en avant la virtuosité de Robinson Khoury. Dès notre première écoute, nous pouvons entendre l’influence de la musique arabe, par l’utilisation de quart de tons au trombone et le rythme joué aux percussions, typique des rythmes sur peau. Ces éléments sont repris dans la chanson titre, MŸA, introduite par un clairon droit, rejoint par un synthétiseur modulaire, offrant une sonorité à la fois ancienne et futuriste. On trouve également des éléments de jazz, réalisés au piano et harmonies vocales.
Quelque chose bouge est un morceau théâtral, dans lequel Khoury déclame un texte accompagné par un instrumental minimaliste (cordes et piano). Petit à petit, la voix de l’artiste se déforme, faisant place à une déconstruction de la parole, la réduisant à un « simple » son. Véritable métaphore du chaos et de la création, nous entrons dans l’univers plus expérimental de cet album.
QĀNĀ (« créer/recevoir » en hébreu biblique), accueillant Lynn Adib chanteuse syrienne en featuring, est une fusion entre musique arabe et jazz. Très vite, un dialogue s’installe entre Khoury et Adib, alternant entre les deux genres musicaux (obtenues notamment par les vocalises et le scat d’Adib). Ces caractéristiques sont retrouvées dans BIRTH OF NOHAM et AGES (ayant également des sonorités plus pop).
ondes et variations est un morceau minimaliste, mettant en avant la musique répétitive. Khoury, au trombone, ouvre le morceau seul, jouant sur la résonance, le
phrasé et l’intonation. Au fur et à mesure, nous avons une superposition de synthétiseurs. Rapidement, le second synthétiseur joue un bourdon module, créant une
illusion d’onde sonore. Cette même illusion est reprise à la fin du morceau, avec l’ensemble des synthétiseurs.
ARAZU, le morceau concluant cet opus, invite Natacha Atlas, chanteuse belge d’origine égypto-anglaise. Ce morceau, influencé par la musique arabe, par l’utilisation de quart de tons au trombone et mélismes au chant, on retrouve la même structure que QĀNĀ, avec Khoury et Atlas créant un dialogue.
MŸA est un album rempli d’expérimentations, nous ouvrant à un univers musical sans frontières.
Léa-Sarah Perez