Fin novembre, cela fera 26 ans que le plus célèbre des Britannique new-yorkais nous aura quitté.
Quentin Crisp, le protagoniste principal de la célèbre chanson de Sting, Englishman in New-York, est décédé le 21 novembre 1999, alors âgé de 90 ans. Né Denis Charles Pratt en 1908, il est écrivain, mannequin, acteur et conteur britannique. Il est connu pour être devenu l’icône gay des années 1970, et avoir refusé de dissimuler son homosexualité dans une Angleterre conservatrice. Toujours moqué, depuis l’école, pour son côté efféminé, il quitte Londres en 1981 pour Manhattan. Son intention est simple : vivre librement.
Une question d’époque ou de mentalité ?
S’il était né un siècle plus tard, il aurait certes, connu la dépénalisation de l’homosexualité par Robert Badinter en 1982, avec la loi Forni. Il aurait connu la création du Pacte civil de solidarité, en 1999. Et il aurait surtout connu le mariage pour tous, qui a été source de grands débats, mis en place par François Hollande en 2013. Mais aurait-il vraiment vécu différemment ? Aurait-il vraiment été accepté, sans jugement ?
En janvier 2024, Gabriel Attal a prononcé sa déclaration de politique générale devant les députés. En dehors des questions purement politiques, le Premier ministre a fait référence à son homosexualité. « Être Français en 2024, c'est dans un pays qui, il y a dix ans seulement, se déchirait encore sur le mariage pour tous, pouvoir être Premier ministre en assumant ouvertement son homosexualité », a-t-il déclaré dans les phrases de clôture de son discours. Il considère donc le fait de pouvoir assumer son homosexualité en tant que Premier ministre, comme une avancée majeure ? Alors, peut-on réellement parler d’une évolution des mentalités, quand il est encore nécessaire de faire une annonce officielle ? Ces questions sont légitimes, quand on voit que ce même discours a fait la une de grand nombre de journaux, et que de nombreuses rumeurs circulaient déjà à ce sujet les années précédentes.
Alors, oui, Quentin Crisp aurait pu vivre légalement sa sexualité. Rien n’est pour autant moins sûr quant aux jugements. Il aurait certainement pu vivre mieux, mais pas totalement libre.
Une personnalité en avance sur son temps
Même né à une autre époque, rien ne l’aurait empêché de traiter du sujet de la transidentité. Entre 1997 et 1999, dans les dernières années de sa vie, Crisp a travaillé avec Philip Ward, ancien général de l’armée britannique, sur un récit sur sa vie. Ce manuscrit était perçu comme un adieu au monde de Crisp, qui voyait sa mort approcher, et dans lequel il raconte des secrets encore inavoués. Dans cet ouvrage publié par la maison d'édition MB Books, sous le nom de The Last Word : An Autobiography, Quentin Crisp avoue avoir réalisé qu’il n’avait pas été un homme gay, mais une femme transgenre.
Peut-être pourrons nous parler d’acceptation lorsque ce sujet ne sera plus abordé. Lorsque la une des presses people ne sera plus axée sur le genre, mais uniquement sur la personnalité.
Clara Balique