Musique

Années 80 dans le rap, marquées par l'évolution audacieuse et la montée en puissance des voix féminines ayant façonné et réinventé le paysage du rap français.

 

Depuis les années 1980, le rap francophone est majoritairement dominé par des voix masculines, mais, au fil du temps, le monde musical du rap s’est petit à petit ouvert aux artistes féminines qui ont su conquérir leur place dans ce mouvement artistique.

Ces dernières ne se contentent plus de briller par leur talent : elles redéfinissent les frontières de l'expression au sein de la musique urbaine.

L’émergence sur la scène musicale de Mélanie Georgiades plus connue sous son nom de scène Diam’s a fortement marqué les années 2000.

En effet, avec la sortie de son premier album “Brut de Femme” en 2003, Diam’s a marqué un tournant dans le rap français, dénonçant ainsi les défis et les combats auxquels les femmes sont confrontées au quotidien dans une perspective féministe tout en osant aborder des thèmes tels que le sexisme, la pression sociale et les violences conjugales, brisant alors les tabous  tout en inspirant de nombreuses femmes à exprimer leurs sentiments.

De nos jours, la place de la femme dans le rap francophone est plus importante que jamais, les rappeuses sont multiples et ne sont plus seulement des interprètes ou de simples figurantes dans les paroles masculines mais deviennent à part entière des actrices.

Néanmoins, malgré les avancées notables, les critiques sexistes persistent, contraignant les artistes féminines à faire preuve d'une détermination inébranlable pour obtenir la reconnaissance qu'elles méritent tant.

Certaines d’entre elles utilisent le rap comme moyen de résiliation pour des causes générales comme le cas de Shay, une rappeuse belge ayant rapidement su faire sensation avec son style unique offrant alors une perspective unique. Lors de ses débuts, elle a rapidement captivé l'attention avec son style distinctif, abordant avec aisance des thématiques allant du féminisme à la réalité sociale.

Au delà de son style d’écriture, elle brille également en sensibilisant son public assez varié sur des questions de racisme et d'inégalités sociales dans ses morceaux “PMW” ou encore “Jolie”.

Enfin,sa participation en tant que jury dans le programme télévisé "Nouvelle École" diffusé sur Netflix en 2022 lui a permis d'élargir sa portée et d'amplifier sa voix.

En somme, la place des femmes dans le rap francophone est une évolution dynamique dans laquelle la résilience, la créativité et l'engagement social sont des piliers principaux pour leur évolution.

 

Et la femme dans les textes?

 

De nos jours, la femme est devenue un sujet principal dans le rap francophone avec de la drogue et  l’argent. Représentée dans certains albums tels que Mental de PLK sur 19 titres, la femme est le sujet de 7 sons, montrant alors réellement sa présence dans le rap d’aujourd’hui. Malheureusement la plupart du temps, cette dernière n’est pas toujours bien représentée.

Objets de désir ou encore des trophées à conquérir, dans un jeu de séduction viril. Cette forme se voit notamment dans les paroles de nombreux rappeurs comme dans le son de JUL “sort le cross volé” ou il dit “te déshabille pas je vais te violer”. Ces paroles participent donc à la culture du viol et sont donc normalisées.

Une misogynie perpétuant des normes de genre archaïque est quasiment présente dans l’ensemble des musiques du rap francophone actuel. Nous la voyons notamment dans “Tchoin” de KAARIS datant de novembre 2016 et plus récemment dans “Mexicana” de Zola.

L’hyper-sexualisation des femmes est une autre tendance, où leur valeur est souvent mesurée en fonction de critères superficiels, alimentant ainsi une culture de l’objectification comme dans la musique de Niska et Ninho “elle a mal” qui place clairement la femme comme un objet de sexualisation. Cette vision réductrice de la féminité renforce les inégalités et les préjugés, contribuant à maintenir les femmes dans des rôles subalternes et souvent dévalorisés. Cette tendance pousse alors la jeune génération, écoutant majoritairement ce genre de musique, à continué ces comportement misogynes et a perpétué de considérer la femme comme un objet de désir comme c’est le cas dans “elle est bonne sa mère” de Vegedream et Ninho.

Pourtant, au milieu de ce paysage souvent sombre, émergent des voix dissidentes, des artistes masculins qui choisissent de défier ces schémas établis. Leurs paroles explorent les dynamiques complexes des relations hommes-femmes, dévoilant les luttes émotionnelles, les désirs et les défis auxquels sont confrontées les femmes dans une société encore souvent patriarcale.

Cela se retrouve la plupart du temps avec la multiplication de rap plutôt définie comme “ rap de loveur” qui aborde le sujet de la femme positivement. Dans le son de JUL “la miss” ou l’on peut entendre “je me demande d'où elle sort cette fille car elle a tout pour elle”, l’artiste utilise le terme “fille” pour parler des femmes et non les termes “gadjis” ou “meuf” qui, sont souvent décrits comme péjoratifs.

Ces récits nuancés témoignent d'une prise de conscience croissante quant aux enjeux liés à l'égalité des sexes et d'un désir de promouvoir des relations plus égalitaires et respectueuses. Certaines chansons deviennent ainsi de véritables plaidoyers pour l'émancipation féminine, dénonçant les injustices et appelant à l'action collective. Cette émancipation s’est notamment vue dans le dernier feat de Damso avec Werenoi dans le son “Pyramides” où dans son couplet Damso dénonce les relations majeurs-mineures avec les paroles “on t’a déjà dit qu’elle était pas majeures, beaucoup de pointeurs beaucoup de grands rappeurs” Ces paroles ont énormément fait parler sur les réseaux sociaux, le terme “pointeur” désignant un homme attiré par une femme ou on peut même dire une fille beaucoup plus jeune que lui bien souvent mineure. Bien que Damso ait fait énormément de sons misogynes comme “Une âme pour deux” ou bien “OEveillé”, il dénonce encore le détournement de mineurs dans un son solo, “Julien”.

 

Kiara Lopez