Musique

Mac Miller revient post-mortem avec « Balloonerism », un projet longtemps resté dans l’ombre. Sorti le 17 janvier 2025, ce second album posthume élève la voix du rappeur, décédé en 2018, à l’âge de 26 ans. Oscillant entre mélodies oniriques et confessions brutes, cette sortie soulève quelques questions éthiques. 

Mac Miller, de son vrai nom Malcolm James McCormick, s’est fait connaître en 2010 avec ses titres Nikes on Feet et Knock Knock. La même année, il se retrouve menacé de procès par celui qui deviendra plus tard président des États-Unis, pour son morceau Donald Trump. Sa réponse ? Cinglante et sans détours: « I fucking hate Donald Trump », lâchée en direct sur l’émission d’envergure The Saturday Night Live

Se dessine alors le portrait d’une célébrité engagée, son personnage étant à la fois provocant et sensible, il hérite du surnom d’artiste « white trash ». 

Véritable autodidacte, Mac Miller a conquis l’industrie musicale en postant des créations minimalistes et percutantes sur Internet. Sa carrière décolle rapidement, jusqu’à faire de lui l’un des rappeurs américains le plus influent, mais surtout le plus regretté. 

C’est quatre années avant sa disparition qu’il enregistre « Balloonerism », un album naviguant entre mélodies douces, nostalgie et style alternatif. Bouclé en tout juste une semaine, le projet est jugé comme trop expérimental par son premier label, Rostrum Records, qui préfère miser sur des sonorités plus pop. Longtemps confié aux méandres d’Internet et de Soundcloud, il refait officiellement surface en ce début d’année 2025. 

L’opus est ainsi composé de quatorze titres, pour une durée de près d’une heure. On y retrouve à la fois des mélodies mélancoliques et une atmosphère presque hallucinatoire, mettant en lumière la dichotomie entre la mort et l’amour. Du haut de ses 22 ans, le rappeur se livre à un véritable confessionnal et aborde divers thèmes, tels que la perte de l’innocence dans l’univers enfantin de Excelsior

« All of this before the brainwash starts
Before they get polluted, start thinking like adults [ … ] 
Me, I used to want to be a wizard, when did life get so serious ? » 

« Tout cela avant que le lavage de cerveau ne commence 
Avant qu'ils ne soient pollués, commencent à penser comme des adultes [ … ] 
Moi, je voulais être un sorcier, quand la vie est-elle devenue si sérieuse ? » 

L’artiste met également un point d’honneur à préserver sa modestie dans un milieu dominé par l’égo, comme on l’entend dans le titre Rick’s Piano

« Please don’t give me any credit, that’s how people get jaded
Please don’t nod your head and please don’t tell me I made it 
‘Cause people start to get worse once they think they the greatest » 

« S’il vous plaît ne me donnez aucun crédit, c’est comme ça que les gens deviennent blasés
S’il vous plaît ne remuez pas votre tête, et s’il vous plaît ne me dites pas que je l’ai fait
Car les gens deviennent mauvais lorsqu’ils pensent que ce sont les meilleurs »

Dès lors, chacun de ses textes sont pensés comme des mini-films, dont la narrative met en scène des personnages vrais, assumant les bas autant que les hauts, sur fond de sonorités psychédéliques, soul et jazz. L’un de ces personnages n’est autre que Delusional Thomas, l’alter égo du rappeur, que l’on retrouve en featuring sur le morceau Transformations. 

Exactement cinq ans après la sortie de « Circles », Mac Miller revient donc sur nos plateformes d’écoutes. Présent dans tous nos casques mais surtout dans toutes nos bouches, l’album fait beaucoup parler. Entre hommage sincère et exploitation commerciale, il n’y a qu’un pas. 

Alors que certains saluent la qualité et l’authenticité de l’œuvre, d’autres expriment des réserves quant à la publication d’un projet non validé au préalable par le créateur, soulevant des questions quant à l’intégrité des artistes et leurs motivations.

Derrière ces questions d’actualité se cache néanmoins une belle initiative : une partie des bénéfices obtenus par la vente des disques sera reversée à la fondation Mac Miller, venant en aide aux jeunes américains souffrant d’addiction et de tendances suicidaires. 

Le second et dernier album posthume de Mac Miller s’impose d’ores et déjà comme une œuvre culte, réaffirmant un sentiment amplement partagé : Malcolm James McCormick nous manque. 

Son répertoire, souvent décrit comme un patchwork d’humeurs et de genres, a accompagné ses fans au fil des ans et des épreuves. Alors que « The best is yet to come » résonne tout au long du titre Rick’s Piano, ses textes optimistes et lumineux dissimulent tout de même une part d’ombre. Entre addiction aux opiacés, accident de voiture et rupture très médiatisée, le rappeur a raconté et chanté la dépendance, jusqu’à ce qu’elle finisse par lui coûter la vie. 

En 2014, il écrit Funny Papers, où résonne cette phrase : 

« I didn’t think anybody died on Friday »
« Je ne pensais pas que quelqu’un allait mourir un vendredi » 

En 2018, Mac Miller succombe à une overdose, le vendredi 7 septembre. 

À sa manière, ce Baudelaire moderne incarne le mythe du poète maudit, et « Balloonerism » s’impose comme une lettre d’adieu intemporelle de « Easy Mac ».

Amélia Galland