Littérature

Le souffle de la Méditerranée de Fabio Fiori : éloge du vent, girouette consciente

Au large de la poésie, entre épopée romanesque et conte mythologique, Le souffle de la Méditerranée de Fabio Fiori nous emmène, entre Voyages et légendes, à la découverte de la grande famille des vents.


"Ma vie sera la tienne / méditerranéenne" entonnait Hervé Vilard. Source de passions, de fascination ; de déceptions comme de démolition, c'est à cette mer si particulière, donc unique, et aux fameux vents qui l'agitent, que Fabio Fiori a décidé de rendre hommage.

De nombreux récits et autres carnets de voyage font régulièrement l'éloge de ces immensités bleues. Mais, "si la mer est l'espace de liberté, le vent en est le souffle", introduit sans détour l'écrivain italien. Dans cet univers maritime qui a fait chavirer nombre de têtes… et tout autant de bateaux, Fiori souhaite montrer, démontrer, que l'élément essentiel de la mer, qui est plus est de celle Méditerranée, est bien son vent. Il serait même un "indispensable" : celui sans qui la mer et sa peuplade de marins seraient désorientées, perdues dans les limbes épaisses et brumeuses ; noyées dans un océan de détresse et d'alcôves mielleuses.  

Objet de fascination, le vent garde néanmoins une part d'ombre. Tel le chant des sirènes, le vent est une tentation, un doux plaisir aux relents amers ; celui capable de "nous pousser sur les chemins de la raison ou nous faire chavirer dans les tempêtes des sentiments".

Vent repère…

L'Homme, porté par un bon vent, peut aller loin. Lorsque le marin prend le large sous de clémentes auspices, lorsque la marée est avec lui, les Dieux le sont aussi ; les étoiles s'alignent, son équipage le suit les yeux fermés. Et apparaissent ainsi dans son sillage, les récits de conquêtes enflammées, où bravoure et magnificence sont brandies.

L’auteur, filant la métaphore de l'équipage, présente le vent à l’instar d’un grand navire où des aspirations diverses entrent parfois en opposition. "Souvent divisés bien que frères" , les vents trouvent leurs forces dans la solidarité.

Cette personnification des vents s'observe de longue date. Les Voyages et Légendes que nous propose Fiori, particulièrement nourris de savoureuses digressions mythologiques, soulignent qu'Ovide déjà, représentait les vents sous une forme originale. Sous la plume du poète romain apparaît ainsi la première "rose des vents". Dans sa forme poétique, Fiori fait donc remonter la naissance de cet instrument, encore usité aujourd'hui par toutes les boussoles, aux temps antiques.

Le tracé historico-mythologique entrepris par l'auteur nous conduit à regarder les vents pour ce qu'ils sont. "Des vents dont je me remplis les yeux et le cœur chaque fois que je m'arrête pour les regarder". Aucun n'est plus important aux yeux de l'auteur ; tous brillent par leur fraîcheur régénératrice, leur fugacité disruptive.

Il y a le Levant et son "odeur", le "doux" Sirocco, "comme dans un rêve" ; le Mistral et ses "flamme(s) azurée(s)" … chaque vent est un repère pour le marin. Ce dernier espère que le vent ne sera pas trop dur avec lui, qu'il le portera à bon port sans briser son mât et ses frêles espérances.

… Vent contraire

Pour dissiper quelque peu ces risques que fait courir le vent sur les Hommes, Fabio Fiori indique clairement la marche à suivre. Il faut engager une "réflexion approfondie sur les caractères environnementaux". Se souvenir qu'ils existent afin d'espérer qu'ils persistent.

Souvent, un comportement inadéquat vis-à-vis de la nature traduit un manque de connaissance de cette dernière. Et "sans connaître le soleil et le vent, sans vivre en équilibre énergétique avec la nature, dans la meilleure des hypothèses, il n'existe que du développement sans progrès."

Un brin défaitiste ? Face au Souffle de la Méditérannée, Fiori tente avant tout de nous enseigner son amour démesuré pour ces vents. Comme une lettre enflammée, une bouteille à la mer jetée le long d'un rivage italien ou provençal, l'auteur en appelle au large. Avant que le vent ne tourne : pour que ma vie (soit toujours) la tienne,

méditerranéenne".

Gabriel Moser.

Le Souffle de la Méditerranée - Voyages et légendes de Fabio Fiori, traduit de l'italien par Sofia Gérard, publié aux éditions Le Bruit du Monde, octobre 2024. 198 pages. 21 euros.