Tant pis pour l’amour. Qu’est-ce que j’ai pu y penser. À ce livre, qui semblait être la conclusion parfaite au chapitre portant son nom, mais aussi à cette simple phrase. Parce qu’après avoir donné son corps, son âme et tout son cœur au nom de l’amour, en mourant chaque jour un peu plus, on ne peut que l’affirmer : tant pis. Ce titre résonne moi depuis trois ans, à travers chaque main que je frôle, dans tous les regards qui me transpercent, au creux du peu de lèvres qui ont à nouveau touché les miennes. Je suis bien mais tant pis. C’est beau mais tant pis. Je pourrais l’aimer, mais tant pis. Parce qu’ils ne laissent que ça derrière eux, le souvenir amer de ce qui n’en vaut pas la peine.
L’estomac qui se noue, comme une piqûre de rappel, la souffrance est éternelle après un amour qui échoue.
Tant pis pour l’amour, la manipulation racontée en BD. De prime abord, on pourrait croire qu’un tel sujet mérite bien un roman. Pourtant, il ne manquait aucun mot pour s’y voir. On y revit chaque scène oubliée, ravivée par la justesse de l’histoire, la précision du piège qui se referme doucement sur l’héroïne au fil des pages. Notre fil rouge n’était une écrevisse, mais j’ai tout reconnu de nous. Sophie Lambda nous emporte avec elle dans une thérapie douce. Le temps s’étire, écartelant notre esprit entre le présent de la lecture et le passé du souvenir. On referme cet ouvrage en ayant la certitude d’avoir enfin compris, soulagé par les mots qu’on avait pas trouvé, tous imprimés sur les pages de cette BD.
Celle-ci, parue en septembre 2019, aux éditions Delcourt, ne mérite pas que l’on attende de faire face à la manipulation pour être lue. Elle peut prévenir, tout autant que réparer ; elle peut permettre de comprendre ce que d’autres ont eu à traverser. Au-delà d’une simple BD, elle est le guide qui nous accompagne pas à pas dans la découverte du monde sombre qu’offre un manipulateur à qui ose trop l’aimer.
Cara