La trilogie Frédéric Beigbeder / Octave Parango
Entrez dans les aventures du plus cynique, du plus immoral des protagonistes, le bien nommé Octave Parango.
Reconnu comme le double de l’écrivain français et ancien publicitaire, Frédéric Beigbeder.
À l’instar de son personnage éponyme, l’auteur contemporain multiplie les expériences professionnelles, on le connaît comme écrivain, critique littéraire, scénariste, animateur télé, réalisateur, ou encore à l’initiative du prix littéraire Flore ou directeur de rédaction du magazine Lui.
Néanmoins, ce qui nous importe ici et de mettre en avant son statut d’écrivain.
L’auteur ose évoquer des sujets virulents en passant par la cruauté de l’industrie publicitaire ou encore par la quête de la beauté féminine absolue, pour finir par une rencontre avec l’absolue dictature de l’humour.
• 99 Francs, Au secours, pardon, 🤣 (L’Homme qui pleure de rire)
Ces titres ne sont pas anodins puisqu’ils constituent une trilogie satirique qui nous plonge dans un univers absolument superficiel où argent, consommation et anéantissement règnent en maîtres.
L’auteur met donc en scène un protagoniste exécrable, accablé de tous les vices et qui n’est autre que son double fictionnel : d’abord employé dans une grande agence de publicité parisienne, puis chasseur de beauté juvénile à Moscou, on le retrouve finalement comme chroniqueur radio en péril.
Il a un mode de vie débridé, il renit toutes valeurs morales et pourtant, vous allez adorer le détester.
• 99 Francs (2000), même le titre est monnayable et c’est bien le tome le plus marquant, le plus proche des manipulations modernes : le narrateur qui se considère lui-même comme un « gourou de la diffusion » y décrit férocement le monde aliénant de la publicité qui semble régir la société et les individus qui l’habite.
La vie d’Octave Parango n’est qu’un tourbillon d’événements VIP, de brainstorming fantasque mais aussi de relations immorales et rémunérées, il n’en a jamais assez.
Mais parfois entre un rail de coke et deux spots publicitaires, sa conscience le rattrape et lui rappelle que sa véritable créativité s’est envolée pour laisser place à une crise existentielle démesurée. Par son expérience vécue et grâce à son humour corrosif, Beigbeder parvient à dépeindre un monde où la folie du marketing a rendu tout aussi fous ceux qui la pratique.
• Au secours, pardon (2007), voilà que nous retrouvons Octave exilé en Russie, en pleine crise de la quarantaine et désormais chasseur de tête pour une grande firme cosmétique nommée L’Idéal.
Baignant toujours dans cette médiocrité, il plonge encore plus bas en atteignant les bas-fonds de la perversité en fréquentant de très jeunes femmes tout en pensant accomplir son travail.
D’une part, Octave se confie tout au long du roman à un ancien camarade devenu prêtre à Moscou et d’autre part, le texte est peuplé de témoignages recueillis par la police qui font de ce deuxième volet, un texte encore plus étonnant.
• 🤣 (L’homme qui pleure de rire) (2020), vous reprendriez bien une dose de sarcasme ? Ce n’est pas fini, Octave teste un nouveau métier : chroniqueur radio.
La narration s’ouvre sur la retranscription d’une anecdote vécue par l’auteur. Un matin de novembre 2018, studio France Inter, le chroniqueur a oublié son texte, il doit improviser, il se rate complétement. Sa place n’est plus garantie, il est viré.
Ensuite, l’auteur va nous raconter sa nuit d’errance qui a précédé sa désastreuse matinée, une nuit que l’on pourrait qualifier de très agitée durant laquelle il en profite pour régler ses comptes avec quelques autres chroniqueurs.
Certaines choses ne changent pas : l’auteur est toujours un adepte du monde de la nuit, malgré les années, l’écrivain comme son double narratif sont toujours désemparés face à cette société qui est accablée de tous ces travers et aussi touchée par une dictature implacable du rire.
Au départ, la lecture de ces textes n’est pas forcément simple, même si elle est choisie de son propre chef. On se sent immédiatement plongé dans cet univers dérangeant mais également si proche du monde dans lequel nous évoluons. Finalement, on se laisse happer par ce style distinctif de l’auteur et par la condescendance de son narrateur très cru qui ne nous épargne d’aucun détail, tous plus cruels les uns que les autres.
Et si la lecture n’est pas votre domaine de prédilection, vous pouvez retrouver les deux premiers romans adaptés en film.
- 99 Francs, réalisé par Jan Kounen et disponible sur Canal VOD.
- L’Idéal réalisé par Fréderic Beigbeder et disponible en streaming sur TF1+.
Léa Delannoy
Ouvrages mentionnés :
BEIGBEDER, Frédéric, 99 Francs, Paris, Grasset, coll. Le Livre de Poche, 2022, [2000].
BEIGDEBER, Frédéric, Au secours, pardon, Paris, Grasset, coll. Le livre de Poche, 2008, [2007].
BEIGDEBER, Frédéric, 🤣, Paris, Grasset, coll. Le livre de Poche, 2020, [2021].
La version tout-en-un :
BEIGBEDER, Frédéric, La Trilogie Octave Parango, Grasset, coll. Majuscules, 2022.