En septembre 2026, le roman très prisé C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien a été l’objet d’une accusation : l’auteur aurait utilisé l’intelligence artificielle pour écrire son roman. Cette accusation, portée à l’encontre du journaliste et écrivain québécois d’origine haïtienne, vient complètement bouleverser le milieu de l’édition et de la critique littéraire.
C’était ça ou mourir était présenté comme LE roman de cette rentrée littéraire. En effet, l’histoire de ce jeune migrant, Jonas Dorléon, professeur d’histoire-géographie, contraint de quitter son quartier de Port-au-Prince assiégé par des gangs, a touché un grand nombre de lecteurs. Ce récit à la première personne nous met, nous lecteurs assis bien gentiment dans notre canapé, à la place d’un exilé, d’un migrant, et nous fait traverser les épreuves intrinsèques à cette expérience : la précarité, la discrimination, l’invisibilisation, la peur de l’administration…
Ce roman, qui fut très vanté par certains auteurs du cercle littéraire français comme Amélie Nothomb, fut également nominé pour de nombreux prix littéraires tels que le prix Fnac, qu’il a remporté, le prix André-Malraux du roman engagé, ainsi que le prix Goncourt, dont il faisait partie de la première sélection. Ce roman était promis à un succès international.
Mais ce succès parfait fut perturbé le 25 septembre 2026.
La polémique :
Ce jour-là, un compte anonyme prénommé « Balance ton Claude » sur le réseau social X lance une accusation envers Thélyson Orélien qui, selon ce même compte, aurait utilisé l’intelligence artificielle (IA) pour rédiger son roman C’était ça ou mourir. Les preuves sont tirées du logiciel de détection d’IA Pangram qui aurait conclu que le roman aurait été écrit « presque intégralement par une intelligence artificielle ».
En effet, lorsque nous lisons C’était ça ou mourir, nous pouvons retrouver dans l’écriture beaucoup de structures utilisées massivement par l’IA. Le style de ce roman est très mécanique et rhétorique : nous retrouvons nombre de rythmes ternaires, de comparaisons grandiloquentes, de métaphores, d’anaphores, de punchlines, de devises… De phrases structurées de la même manière en boucle.
Ces accusations, reposant uniquement sur une IA détectrice d’IA (outil assez loufoque), ont suffi à faire retirer le roman de la sélection du prix Goncourt, prix littéraire français le plus ancien et le plus prestigieux.
En vue du sujet très politique de ce récit, pourquoi l’avoir choisi comme unique cible de cette rentrée littéraire ? Pourquoi tenter de faire taire et de décrédibiliser l’histoire d’un exilé, d’un migrant noir ?
Toutes ces questions demeureront sans réponse. Néanmoins, cette situation a poussé l’éditeur québécois de C’était ça ou mourir, les éditions du Boréal, à mener une enquête plus approfondie, qui a révélé que des balises d’IA ont été retrouvées dans les métadonnées de certains documents envoyés par l’auteur à ses éditeurs. L’éditeur de Thélyson Orélien a ainsi conclu, au vu de ces résultats, que l’auteur avait bien eu recours à l’IA pour écrire son roman.
Thélyson Orélien, lors d’un entretien avec le journal Libération, a reconnu s’être servi de l’IA uniquement dans le cadre de recherches historiques. Bien sûr, nous ne pouvons pas être certains du rôle de l’IA dans la conception de C’était ça ou mourir mais cette découverte a décidément brisé la confiance qui pouvait exister entre Thélyson Orélien et son éditeur (qui a mis fin à sa collaboration avec l’auteur) et a également détruit la crédibilité de Thélyson Orélien au sein du cercle littéraire français.
L’avenir de la littérature à l’ère de l’IA :
L’IA peut être vue comme une menace pour la littérature, mais elle peut aussi tout simplement être considérée comme du plagiat 2.0, car l’intelligence artificielle pour générer des textes, utilise des textes qui ont déjà été intégrés dans son système (bien souvent des œuvres tombées dans le domaine public). Il est ainsi difficile de détecter l’IA, car même les outils de détection comme Pangram ne sont jamais 100 % fiables.
Cette situation d’incertitude crée ainsi un sentiment de doute chez les lecteurs et les éditeurs, qui deviennent trop méfiants dès qu’ils trouvent dans un texte des structures utilisées habituellement par l’IA (comme c’est le cas pour le roman de Thélyson Orélien). Plusieurs maisons d’édition (dont le groupe Madrigall, présidé par Antoine Gallimard) prévoient désormais de soumettre l’intégralité de leurs manuscrits au détecteur d’IA.
Il est ainsi important de mettre en place, dans le milieu de l’édition française, une législation entourant l’utilisation de l’IA afin de déterminer le rôle que doit jouer celle-ci dans la conception d’une œuvre (peut-elle être utilisée pendant l’écriture de l'œuvre ou seulement lors de la relecture et de la correction ? …).
Cette législation permettrait aussi de garantir l’honnêteté des éditeurs et des auteurs envers les lecteurs lors de la vente des romans, avec notamment la création de labels qui distingueraient des ouvrages 100 % humains de ceux fabriqués par l’IA.
Ainsi, le roman de Thélyson Orélien C’était ça ou mourir a engendré une aussi grande polémique lors de cette rentrée littéraire, car il a mis en lumière un nouveau problème que vont rencontrer la littérature et l’édition française dans les années à venir, à savoir le problème de l’IA et de sa réglementation. Parvenir à concevoir une législation stricte qui garantirait une transparence et une honnêteté entre les éditeurs et les lecteurs serait déjà un grand pas en avant.
J’ajouterai que l'IA apparaît comme l'aboutissement technique de ce que Sainte-Beuve identifiait déjà comme une industrialisation de la littérature. En effet, à travers la notion de littérature industrielle, Sainte-Beuve dénonçait déjà, au XIXe siècle, une production littéraire soumise aux logiques du marché, où la quantité, la rentabilité et la réponse aux attentes du public pouvaient prendre le pas sur l’exigence artistique et pouvaient affaiblir la figure de l’auteur-artiste. De manière comparable, l’IA permet aujourd’hui de produire des textes à grande échelle, rapidement, à faible coût, et interroge également la notion même d’auteur et de créativité. Dans les deux cas, c’est la tension entre création singulière et production standardisée qui est en jeu.
Angelina PROTO - 05/10/2026