Hors cadre

 

Alors que la Fashion Week de Paris s’est achevée il y a quelques semaines, un autre événement a fait beaucoup parler de lui : l’exposition Virgil Abloh – The Codes, au Grand Palais.

               
Une rétrospective monumentale, avec près de vingt mille pièces : vêtements, objets, prototypes, dessins… tout ce qui a façonné l’univers de cet artiste visionnaire.

Parce que oui, Virgil Abloh, c’était bien plus qu’un simple créateur de mode.
Avant de devenir une icône du luxe, il était DJ, architecte, producteur, entrepreneur.
Un touche-à-tout, qui a su faire dialoguer les cultures de la rue avec celles des podiums.

 

Plongée dans l’esprit du créateur

 

L’exposition s’inscrit dans la volonté de sa femme Shannon et de son entourage de faire perdurer la vision d’Abloh. Défi réussi puisque l’immersion est totale : accès aux archives numériques du créateur, ainsi qu’à différentes collaborations plus ou moins inattendues (Ikea, Évian…). L’événement a également été rythmé par plusieurs moments forts qui ont enchanté les visiteurs : une apparition surprise du rappeur Travis Scott, un DJ set en back to back de Rampa et Black Coffee (deux figures incontournables de la scène house contemporaine), ou encore des interventions d’icônes de la mode comme Michèle Lamy. Des instants qui ont prolongé l’esprit d’Abloh : celui d’une création sans frontières, entre la musique, l’art et le vêtement.

Mais au-delà de son influence esthétique, Abloh a marqué l’histoire pour une autre raison, plus profonde : il a ouvert la voie aux minorités dans un milieu longtemps réservé à une élite blanche et privilégiée. 

 

‘‘Il faut laisser son empreinte avec prestance, style et grâce’’

 

Originaire de Chicago, une ville où près d’un tiers de la population est afro-américaine, il n’a jamais oublié ses racines. En 2018, il devient le premier homme noir à diriger la mode masculine chez Louis Vuitton, l’une des plus prestigieuses maisons françaises. Un tournant devenu iconique. À l’annonce de cette nomination, il déclare : « En tant qu’homme noir dans une maison de luxe française, je suis conscient de mes responsabilités. Plutôt que de sermonner, j’espère […] ouvrir la voie aux générations futures. Selon moi, il faut laisser son empreinte avec prestance, style et grâce. » Une phrase manifeste, à l’image de son parcours.

Abloh a toujours voulu montrer que la mode pouvait être un espace d’expression pour tous, pas seulement pour quelques-uns. Son entourage en disait long sur sa vision du monde : Kanye West, qu’il considérait comme son mentor, le DJ sud-africain Black Coffee, Travis Scott… Une constellation d’artistes noirs ou issus de la diaspora, avec qui il partageait cette idée d’émancipation créative. Avec sa marque Off-White, il a bousculé les codes du luxe : mélangeant la rue et le raffinement, mais aussi en mettant en avant des mannequins noirs, métis, et issus de toutes origines.

 

Un héritage qui continue de briller


Quand il arrive chez Vuitton, il poursuit ce combat silencieux : celui de la représentation.
Sur ses podiums, la diversité n’était plus un slogan, mais une évidence. Depuis sa disparition en 2021, son influence continue de se faire sentir. Son successeur chez Vuitton n’est autre que Pharell Williams, un choix hautement symbolique, qui prolonge l’héritage d’Abloh. Parce qu’au fond, Virgil Abloh n’a pas seulement redéfini la mode. Il a redéfini qui pouvait en faire partie et c’est sans doute là, sa plus grosse œuvre.

 

Sacha Paraïso