Hors cadre

Depuis plus d’un an, depuis le commencement de l’année 2024, une vice-présidence de l’Université Aix Marseille est confiée à un tandem. Edina Soldo et Louis Dieuzayde portent désormais les enjeux, essentiels aux yeux de l’Université, de la culture et des arts, de la création et de la créativité pour les 4 ans à venir.
Au sein de cette université, 80 000 personnes étudient, 8000 y travaillent, plus de 190 formations universitaires concernées de près sont actives. La géographie des sites, des campus s’étend de Gap à La Ciotat, d’Aubagne à Arles, de Marseille à Aix-en-Provence.

Rencontre sur Aix, à l’occasion d’un temps libéré.

Le pari de la complémentarité.

Edina Soldo enseigne et recherche dans les domaines du développement culturel territorial, de l’économie sociale et solidaire. Son ancrage principal est l’Institut de Management Public et Gouvernance Territoriale, d’où elle codirige un master en management culturel et la chaire Organisations et Territoires des Arts de la Culture et de la Créativité (OTACC). Louis Dieuzayde, enseignant-chercheur lui aussi, consacre son temps aux Arts de la Scène, à la création contemporaine. La section Théâtre est sa deuxième maison. Artistiquement, l’une vient de la musique, l’autre du jeu d’acteur et de la mise en scène.
En ouverture, Edina Soldo aborde avec enthousiasme le « rôle central que jouent les arts, la culture et la créativité dans l’épanouissement et l’émancipation des individus, dans l’apprentissage de la citoyenneté, et les nécessités de décloisonner ». Louis Dieuzayde évoque avec passion l’université comme « un lieu d’invention de nouvelles expressions artistiques » et la nécessité de « capter l’esprit d’un campus » pour penser une programmation. À l’unisson, la volonté de donner toute sa place à l’émergence, à la jeunesse étudiante apparait d’emblée.

Au quotidien : une équipe dédiée.

En 2021 la Direction Culture & Société est créée. Elle prend la suite de la « mission culture » longtemps incarnée par Robert Fouchet, universitaire et mélomane. Aujourd’hui cette équipe comprends 6 personnes, bientôt 7. La tâche est tout autant joyeuse qu’exigeante. Organiser et initier des partenariats facilitants, y compris financièrement, l’accès aux propositions artistiques, en particulier par le Pacte’AMU et ses 30 partenaires. Déployer et cordonner l’ensemble des activités, en constante augmentation. 
Demeurer disponible et à l’écoute. Cette année cette équipe porte, entre autres, plus de 50 évènements sur les campus et hors les murs, 25 ateliers de pratique amateur, un nouveau journal culturel étudiant Polychrome, et les 6 Ensembles artistiques associant le public étudiant mais aussi les personnels de l’université.

Photo de l'orchestre symphonique d'AMU

Au cœur, les pratiques culturelles et artistiques.

C’est l’accent premier, le socle de l’action globale impulsée. Encourager, accompagner et permettre l’accès aux Ensembles artistiques, aux ateliers de pratique et aux lieux de culture. Pour chaque individu étudiant qui le souhaite.
D’une même voix, l’enjeu est de taille : le territoire est vaste, les campus sont nombreux, les esthétiques ne couvrent pas encore aujourd’hui l’ensemble des arts et des pratiques culturelles. « Nous avons un peu de route à faire, Digne-les-Bains, Arles, les sites marseillais plus excentrés, tous ». « Nous avons à poursuivre les ouvertures vers la création contemporaine, vers les esthétiques jeunes : nouvelles écritures, musiques actuelles, arts et médias numériques, rencontres inter-arts, tout en enrichissant l’ensemble des propositions pré-existantes à notre arrivée en 2024, comme les Ensembles musicaux et chorégraphiques, devenus avec le temps des réussites ».

L’émergence en tournée.

C’est l’une des autres fortes mobilisations : « nous amenons et amènerons des spectacles, des propositions artistiques vers les campus universitaires, vers et avec nos lieux amis. Nous portons toute notre attention aux projets émergents, c’est une manière d’accompagner et promouvoir la jeune création, la jeunesse créative ; c’est aussi l’une de nos contributions pour emplir de vie les différents campus ». Pour ce faire, le duo et les équipes dédiées instaurent, depuis peu, des temps de programmation directement sur les campus, ouverts à la jeunesse étudiante ainsi qu’aux très jeunes professionnels. « Et qui de plus avisé pour choisir les œuvres de la tournée des campus ? Étudiants, équipe de la Direction Culture & Société, partenaires artistiques impliqués, tous réunis dans un nouveau comité de programmation ».
Parmi les nouvelles collaborations de 2025, une tournée de 4 concerts de musiques actuelles est co-organisée avec le 6MIC sur les campus de Luminy, Schuman, Digne et Ferry. Le public découvre de jeunes groupes étudiants des sites concernés et une artiste de la scène émergente, S.H.A., accompagnée dans le cadre du programme Magma.
Côté théâtre, la Tournée des Campus proposait avec le théâtre Antoine Vitez un spectacle d’art en espace public, Jouir, de Juliette Hecquet, jeune metteuse en scène entourée d’anciens étudiants. Avec le Centre Dramatique National de La Criée la pièce La Tête sous l’eau, mise en scène par Louise Vignaud, associe de jeunes comédiennes et comédiens de l’École Régionale d’Acteurs de Cannes et Marseille. D’une même voix, le duo précise : « Nous commençons ».

La coopération, du circuit court à l’international.

Les démarches pour rencontrer, trouver les moyens des activités, partager les actions se démultiplient : partenariats avec le tissu culturel et artistique régional, projets européens, regard vers la Méditerranée. « Bien sûr nous devons trouver de nouveaux moyens, économiques notamment, dans le contexte actuel…Mais ce mouvement, c’est aussi le souhait d’imaginer des passerelles, des ateliers réguliers et des workshops ponctuels, co-programmés avec le monde de la culture et des arts, ou encore avec celles et ceux engagées dans différentes recherches créatives et solidaires. Pour, avec, à partir de la jeunesse ».
Alors le duo se partage les responsabilités, sans pour autant cloisonner : Edina Soldo part en développement de projets, entre autres via les possibilités offertes par les politiques publiques/privées tournées vers les « Industries Culturelles et Créatives », entre autres via des rapprochements avec des organismes aux enjeux convergents, comme celles portées par les villes de Marseille ou d’Aix. Louis Dieuzayde poursuit ses rencontres avec les actrices et acteurs de l’art, ici et en France, accompagnant de nouveaux talents, inventant des relations et coproductions avec les consoeurs et confrères de théâtres, de lieux de spectacle. 

Mieux avancer ensemble dans l’Université. 

L’esprit de décloisonnement et d’enjeux partagés s’incarne par ailleurs, comme une nécessité essentielle, avec les autres développements de l’Université : responsabilité sociétale, développement durable, lutte contre toute discrimination. Le soutien, toujours perfectible, aux étudiantes et étudiants les plus en difficultés (handicaps, santé mentale, précarités, inégalités) ne peut être absent des préoccupations. « Nous devons, par la culture et les arts, prendre activement notre part », rappelle le duo en nouvelles responsabilités.

Photo des 4 comédiens de la tête sous l'eau

Une vice présidence qui aime les arts ?

Les derniers instants de cette rencontre, quelques heures passées ensemble, nous les ouvrons sur une question plus personnelle : les œuvres ou les courants artistiques qui les ont accompagnés et les accompagnent encore aujourd’hui ? Musicienne, Edina Soldo évoque Le Stabat Mater de Pergolèse, Claude Debussy, « Funny Valentine » de Chet Baker, l’Art Nouveau de la fin du XIXème, les expériences entre arts et technologies numériques, les musiques actuelles. Homme de théâtre, Louis Dieuzayde rend hommage à Valère Novarina, auteur, metteur en scène, peintre. Et puis, Romeo Castelluci, mais aussi la voix de Véronique Sanson, et toutes ces jeunes compagnies qui lui tiennent à cœur.


Rendez-vous sur vos campus, vos espaces de culture, vous croiserez et rencontrerez, si ce n’est déjà fait, cette équipe de l’Université Aix Marseille. 

Jérôme Matéo pour Polychrome.
Avec l’aide de Clara Balique pour la mise en forme et La Direction Culture et Société pour les photographies.