Un soir d'octobre, profitant d'un rare temps libre en semaine de cours, je me rendais enfin au Théâtre de La Criée. J'allais y contempler la nouvelle œuvre de la célèbre Phia Ménard : Art. XIII ! Mais comment avouer ma faute, mon péché, ma honte … Je peine à l'admettre mais pour la première fois, je me suis endormie.
Pour expier mon crime je m'élançais dans une récolte de témoignages de médiocres quidams s'étant endormis face à une représentation (scandaleux ! Qui donc est si mal élevé•e ? 👀). Voyons-voir s'iels ont une bonne excuse à m'enseigner.
«Je suis souvent tenté de m’endormir au ciné quand je partage la séance avec quelqu’un qui (je sais) ne partage pas le même regard ou le même intérêt que moi pour l’œuvre. Je n’arrive plus à apprécier pleinement mon visionnage.»
Adrien, qui multiplie les sorties ciné entre potes
Ah une piste intéressante ! Rejeter la faute sur un•e autre, merveilleuse idée. S'en ficher alors qu'il a payé la place et choisi le film, ça ne dédouane de rien.
«Mes grands-parents avaient décidé de m'emmener au concert d'Ibrahim Maalouf, célèbre trompettiste, pour me faire plaisir. Je ne le connaissais pas du tout, et j'avoue ne pas leur avoir dit que je n'étais pas très friand de trompette.»
Samuel, aujourd’hui fan d’Ibrahim Maalouf
«Et je me rappelle avoir vu un mec qui se met à poil etc, ça m'a un petit peu réveillée. Mais je comprenais pas trop ce qu'il se passait et j'avoue ne pas avoir du tout suivi la fin de l'histoire et ne plus rien comprendre et voir des aliens. C'était très particulier cette pièce. En fait ça n'avait tellement aucun sens que ça m'endormait tellement c'était … waw.»
Maela, assommée par le théâtre contemporain de Peer Gynt
(ou par les questions de son prof, on sait pas)
Entre celui qui ne saisit pas encore le talent et celle qui ne suit pas, apparemment le propos n'a pas échappé qu'à moi … Mais c'est peut-être parce qu'à vouloir comprendre, on a oublié de ressentir.
Tiens, je vais essayer avec Claire. Elle a l'air si irréprochable, si cela lui est arrivé je miserai tout sur son explication.
«Sachant que ma maman me mettait de la musique classique pour m'endormir bébé, l'inévitable arriva : je m'assoupis avant l'entracte. Après celui-ci je me rendormis de nouveau, après avoir lutté de toutes mes forces.»
Claire, contrariée d'avoir raté les costumes et les magnifiques machines de Rinaldo au TNB
… On n'a pas eu la même enfance. Puis IMPOSSIBLE d’être bercée par cette tondeuse abrutissante qui vrombissait sans arrêter …
«J’ai travaillé pendant 20h non stop. A la fin des débats, on amenait les participants à assister à un spectacle de danse et je me suis endormie pendant la représentation…. 😅 Alors que c’était de la danse sur de la musique techno trèeeees trèeees forte ahah.»
Eva, stagiaire au forum du festival d’Avignon
Haaa, merci Eva ! Ça me paraît plus plausible. Mais - Mais on en revient au même, peu importe l'endroit, dans un fauteuil ou sur son canapé : L'INEXORABLE FATIIIIGUE. C'est l'excuse la plus courante et peut-être dois-je m'y résoudre …
«Au bout de CINQ MINUTES j’étais déjà au pays de rêves, impossible de rester concentrée, c’était teeeellement mou, il faisait noir, les sièges étaient confortable, j’étais resté debout tout la journée ...»
Siryne, en service civique au Louvre
«Au lycée j’étais souvent très fatiguée. Mais souvent le vendredi soir mon père nous proposait de regarder un film. Alors vous imaginez bien qu’une fois sur deux c’était le sommeil qui prenait le dessus et étonnamment c’est à ces moments là que je dormais le mieux. :) »
Selma, se détend en famille
«Parfois un film crée une atmosphère sécurisante dans la salle, une atmosphère enveloppante, irréelle, c’est comme projeter un rêve en face de nous. (...)
Plus généralement les séances au ciné de 14-15h c'est un mauvais plan. C’est un peu comme le visionnage du Tour de France sur ton canap’ durant les longues après-midi d’été : parfait pour siester sans aucun regret.»
Adrien, le cinéphile malotru du début,
tout de même désolé pour Damien et Ryan
Merci Adrien pour le tips ! ;)
Claire et Maela ont beau eu lutter et regretter ne pouvoir répondre aux questions de leurs professeurs, peut-être que parfois ce n'est pas le bon moment, il faut simplement aller au lit.
Samuel était jeune, Claire était bercée par ses jeunes jours. Je pense qu'une œuvre a toujours beaucoup à nous dire, et je ne saurai dire si nous échouons à écouter ou si elle échoue à nous parler, toute communication reste faillible, ce n'est pas grave. Continuons de nous rencontrer et d'élaborer des langages communs.
Florène Paech