Hors cadre

L’art est arrivé à moi très tôt, par l’ouïe, par la musique, comme la plupart des gens me direz-vous. Sans doute ai-je eu un accès plutôt privilégié à l’art grâce à un père assez cultivé pour me faire découvrir le meilleur de la musique dès mon plus jeune âge : j'ai nommé le rock. Lecteur CD, Lecteur Vinyle, Radio, tous les moyens étaient bons pour écouter un morceau de Queen, Nirvana, Muse ou AC/DC dès le berceau. Depuis, j’ai jamais quitté le rock, peut-être est-ce pour ça que je me suis mise à la danse puis à la basse. Puis finalement l’élève dépasse le maître : mon père avait eu beau m’avoir fait découvrir des milliers de morceaux, aujourd'hui c’est moi qui lui en fait découvrir, de la scène underground aux morceaux les plus récents. 

Finalement, en regardant bien, je me suis demandée si j'avais eu un accès aussi privilégié que je le pense ? Quand bien même j’ai le privilège d’avoir découvert la musique rock très tôt dans ma vie, contrairement à certaines personnes. Tout ça remet en question les disparités face à l'accès à la culture dans son ensemble… 

En fait, si j’ai eu un accès privilégié à la musique rock c’est certainement parce que mon père est né à l’âge d’or du rock (les années 60) et aussi parce qu'il passait 7 jours sur 7 dans un pensionnat à Briançon, ça devait occuper.. 

Au final, mon père n’a pas eu le bac et mes deux parents sont entrés dans l’armée dès la sortie du lycée, donc autant vous dire que la musique rock c’était quasiment tout ce que j’avais comme porte d’entrée des différentes cultures, ce qui est déjà pas mal en réalité, d’autant plus que dans une famille de 7, le premier sujet de conversation n’était pas nécessairement la dernière exposition du musée de la ville ou les grandes œuvres de la littérature. 

Mais bon, je m'y suis faite, le rock ça me va. Et puis, sans vous mentir, l’école et ma curiosité m'ont poussé à étendre cette culture, j’ai lu mon premier Albert Camus en 4ème puis je les ai tous lu par la suite, finalement j’ai découvert une certaine attirance pour la littérature et la philosophie, et c’est sûrement ce qui m'a menée à faire des études là-dedans. Quoique vous pensiez, mon père n'est pas un inculte qui aime juste la musique rock ! Loin de là, je ne saurais vous dire quand, sûrement quand il a eu moins de travail et des enfants indépendants, mais il s'est aussi mis à la littérature, à la philosophie, la sociologie, tout ça. 

Finalement, la culture, tout le monde la possède à des échelles différentes, plus ou moins tôt dans sa vie, par différents moyens. Elle sait transcender les classes socio-économiques, aucune culture ne vaut plus qu'une autre : qui a dit que la musique classique était plus intellectuelle que le rap ? Je pense même que chaque classe sociale a beaucoup à s’apprendre : les plus aisés passent à côté de pépites de la culture populaire et les reluquent même, tandis que les classes populaires ne se sentent pas assez légitimes et sont souvent exclues d'œuvres culturelles essentielles. 

 

Naïs Olivier