Vous l’avez peut-être croisée dans les couloirs de la fac d’Aix-en-Provence. Peut- être vous êtes-vous demandé ce que faisait cette femme d’un certain âge, cartable à l’épaule, entre deux amphis bondés d’étudiants. À 80 ans, Catherine n’est pas une retraitée comme les autres. Alors que beaucoup de ses contemporains profitent d’une retraite paisible, elle enchaîne les cours magistraux, les partiels et les oraux en master de lettres classiques.
Depuis douze ans, Catherine a enchaîné les diplômes. Une licence d’histoire, une autre en psychologie, puis une en lettres classiques. Aujourd’hui, elle prolonge son aventure académique en master. « Je n’ai pas voulu faire de master en psycho ou en histoire pour ne pas prendre la place d’un jeune », explique-t-elle. Mais en lettres classiques, un professeur l‘a encouragé à poursuivre. « Les cours sont exigeants, alignés sur ceux de l'agrégation, mais j’adore ça ».
À la retraite, Catherine cherche d’abord à s’occuper. « J’avais l’impression de ne plus servir à rien », avoue-t-elle. Elle se tourne vers le bénévolat, en rejoignant l’association Les Bleus Roses, la peinture, et même un emploi estival inattendu en tant que costumière pour un festival d’opéra. Pourtant, quelque chose lui manque. « J’avais besoin des examens, du challenge. » Après s’être renseignée, elle s’inscrit en licence de psychologie, qu’elle valide après avoir redoublé sa troisième année. « Je ne pensais pas que c‘était possible de s‘inscrire, puis j’ai découvert qu’il n’y avait pas de limite d’âge. »
Catherine ne se contente pas d’être auditeur libre. « Au début, j’osais à peine montrer ma carte étudiant pour avoir la réduction à la cafétéria. Ça me gênait, j’ai les moyens de payer mes 9 euros. ». Aujourd’hui, elle assume pleinement sa place parmi les jeunes. « Très souvent, on déjeune ensemble, et j’ai l’impression d’être avec mes petites-filles ».
Née au Maroc pendant le protectorat français, Catherine apprend à lire seule dès l’âge de 5 ans. « Je suivais ma sœur à l’école, alors mes parents m’ont inscrite plus tôt », raconte-t-elle. Très vite, elle se passionne pour les lettres, l’étymologie, le latin et le grec. « Au départ, je voulais faire médecine, alors j’ai étudié le latin. » Mais sa voie sera finalement celle des lettres classiques.
Après avoir réussi le concours d’institutrice, elle enseigne au Sénégal, puis en France, à Lyon et à Aix, jusqu’à sa retraite à 59 ans.
Andrea Priotto Peyrade