La dernière cérémonie des Oscars, qui s’est tenue le 25 mars 2025, est devenue non seulement une nouvelle fête du cinéma, nous offrant de nouveaux projets cinématographiques intéressants, mais aussi une source de scandales liés à l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le film The Brutalist de Brady Corbet. Cela est devenu une véritable raison de réflexion et de débats : qu’est-ce que l’intelligence artificielle dans l’art - un ennemi ou un outil pour perfectionner la création ?
L’intelligence artificielle s’intègre de plus en plus profondément dans notre vie quotidienne et dans nos processus de travail. De nombreux scientifiques comparent l’apparition de l’IA à celle de l’électricité au XIXᵉ siècle. Aujourd’hui, l’IA est pour tous comme un meilleur ami : impartiale, objective. Elle donne exactement ce dont on a besoin (si l’on sait s’en servir). Il est désormais presque impossible d’imaginer une journée sans utiliser ChatGPT, Midjourney ou les traducteurs, qui nous simplifient tellement la vie et nous font gagner un temps précieux, si important dans le monde moderne. Les outils d’intelligence artificielle n’ont pas non plus épargné le domaine de l’art, influençant progressivement son développement et les tendances mondiales.
La situation lors de la cérémonie des Oscars illustre clairement la polarisation des opinions : certains prônent une interdiction totale de l’IA dans le cinéma, tandis que d’autres défendent son utilisation mesurée.
Dans le film The Brutalist, nommé dans plusieurs catégories, dont la principale - Meilleur film -on a utilisé l’outil d’IA Respeecher, qui a permis de corriger l’accent hongrois des acteurs, notamment celui d’Adrien Brody, lauréat de l’Oscar du meilleur acteur, et de Felicity Jones, nommée pour le meilleur second rôle féminin. Selon le réalisateur Brady Corbet et le monteur du film, l’outil d’IA n’a servi qu’à corriger certains sons et certains mots, et son utilisation n’a en rien altéré le jeu des acteurs.
Un autre film très présent aux Oscars, Emilia Pérez, également nommé dans de nombreuses catégories, dont celle du Meilleur film, a été touché par une polémique similaire. L’intelligence artificielle a été utilisée pour la partie vocale de l’actrice principale, Karla Sofía Gascón : sa voix a été mélangée à celle d’une autre chanteuse afin de renforcer les performances musicales. Cela a soulevé des questions quant au degré “d’authenticité” du chant de l’actrice, puisque certaines parties vocales étaient “artificielles”.
Un tel retentissement public, essentiellement médiatique, n’est pas survenu par hasard lors de la plus grande cérémonie cinématographique de l’année. Cela démontre l’importance de débattre de l’usage de l’IA dans le cinéma contemporain et dans l’art en général. Où se situe la frontière entre un jeu d’acteur authentique et une intervention technologique ? Peut-on considérer comme art ce qui a été créé à l’aide d’outils d’intelligence artificielle ? Un artiste peut-il parler ouvertement de l’usage de l’IA dans son travail ? Il est très difficile, presque impossible, de répondre à ces questions. Car même lorsqu’on utilise un outil - par exemple pour créer des images - c’est l’humain qui formule la demande précise et obtient un résultat. Mais savoir si ce résultat correspondrait à ce que l’humain aurait fait lui-même reste une question ouverte, d’autant plus que même un dessin ou une vidéo très simples générés par l’IA paraissent aujourd’hui de grande qualité.
Les outils d’IA sont désormais intégrés dans tous les domaines de la culture : dans les arts visuels, on utilise largement la génération de concept art, d’esquisses, de variations stylistiques et d’images ; en musique, l’IA aide à générer des mélodies, des rythmes, à restaurer de vieilles archives sonores ou à mixer des morceaux. Dans la littérature, la mode, le théâtre, le jeu vidéo, l’architecture ou la photographie, elle permet de générer et d’éditer rapidement un scénario, une image, un cadre ou une structure.
Aujourd’hui, on peut affirmer avec certitude que l’intelligence artificielle ne remplacera pas entièrement l’être humain, car la culture n’est pas seulement un produit : c’est un sens humain. Il faut comprendre que l’IA n’a ni expérience, ni émotions, ni objectifs ; elle n’est qu’une technologie, un outil dont l’homme doit savoir se servir avec compétence. Comme on le sait, l’IA ne remplacera pas l’homme, mais elle remplacera celui qui refuse d’utiliser ces outils, quel que soit le domaine. Tout au long de l’histoire de l’humanité, de nouveaux instruments ont été inventés pour faciliter le travail et accélérer son exécution. Lorsque la photographie est apparue, on craignait la disparition de la peinture ; lorsque le cinéma, la télévision puis Internet sont arrivés, on craignait la disparition du théâtre, du cirque, etc. L’intelligence artificielle n’est qu’un maillon de plus dans cette chaîne, et il ne faut pas en avoir peur : il faut s’y intéresser, faire preuve de flexibilité et ne pas craindre le changement.
La seule chose qui restera inconnue est de savoir à quoi ressemblera l’art de demain. Sera-t-il un simple produit destiné à “rapporter de l’argent”, créé rapidement, avec moins de coûts et moins de ressources humaines pour maximiser les bénéfices ? Ou sera-t-il strictement régulé afin de limiter l’usage de l’IA pour préserver le travail humain ? Je pense que seul le temps et les tendances mondiales nous le diront.
« L’avis de notre rédaction »
Janelle: L’un des premiers exemples marquants d’utilisation de l’IA dans l’art remonte, je crois, à l’année scolaire 2024/2025, lorsque qu’une tendance est apparue sur les réseaux sociaux : transformer des photos en dessins dans le style des Studios Ghibli. Cette mode avait suscité une véritable polémique. Beaucoup dénonçaient, à juste titre, un manque d’éthique et une forme de plagiat. Il me semble même que Hayao Miyazaki, l’un des fondateurs du studio, s’était dit choqué et attristé par ce phénomène.
Pour ma part, je n’apprécie pas vraiment l’intelligence artificielle ; elle m’effraie même un peu. À mes yeux, elle représente une sorte d’annihilation de la pensée et de l’imaginaire humain. On croyait qu’elle nous libérerait du labeur, mais en réalité, ce sont désormais les tâches les plus créatives et intéressantes qu’elle accomplit à notre place, ce qui me rend plutôt sceptique.
Je reconnais toutefois qu’elle peut être un outil utile, et nous l’utilisons déjà depuis plusieurs années. Mais j’ai des doutes quant au fait de la mettre entre les mains de tout le monde. On a bien vu que cet « outil » peut provoquer de l’isolement, sans parler de son impact écologique immense dû à son utilisation massive. Comme beaucoup d’outils, il serait peut-être souhaitable de limiter son usage à certains contextes précis, même si cela soulève de nouvelles questions éthiques.
Je ne crois pas que l’IA soit incompatible avec une forme de retour au naturel. J’ai l’impression que beaucoup de douceur et de valorisation du «fait main» émergent aujourd’hui. Notre génération, ayant grandi avec toutes ces technologies, semble davantage consciente de leurs excès. Personnellement, cela me pousse à apprécier encore plus un travail artisanal, réfléchi, original et personnel. Mais une interrogation demeure : jusqu’où tout cela ira-t-il ? Et jusqu’à quel point serons-nous capables de distinguer visuellement une œuvre créée par l’humain d’une œuvre générée par l’IA ?
Rosalie: Certaines galeries vendent des dessins créés par l’IA ; ces œuvres sont assez reconnaissables et reprennent souvent les traits du pop art. L’IA est également utilisée en post-production ou en photographie, où elle aide à enlever ou modifier certains éléments d’une image.
Personnellement, je considère que l’utilisation de l’IA ne pose pas de problème tant qu’il est clairement indiqué qu’elle a été employée. Cependant, il arrive souvent que l’IA reproduise le travail d’artistes existants, ce qui soulève des questions de droits d’auteur. Par exemple, certaines images générées par ChatGPT reprennent les traits caractéristiques des œuvres des Studios Ghibli, ce qui pose un réel dilemme éthique.
Je pense que l’on peut être créatif avec l’IA, en donnant des instructions précises ou même en codant soi-même une IA qui répond à ses propres demandes. Mais cela peut aussi freiner l’originalité, car si tout le monde utilise les mêmes outils, les styles risquent de se ressembler constamment.
Pour l’avenir de la culture et de l’art à l’ère de l’IA, je crois qu’il sera nécessaire de réguler et de légiférer, notamment en matière de droits d’auteur, ce qui implique la création d’un nouveau système, construit à partir de zéro. La culture restera, je l’espère, fondamentalement humaine : sans humain, il n’y a pas de culture, c’est ce qui la distingue de la nature. Elle continuera d’évoluer, comme elle l’a fait avec l’arrivée d’Internet et d’autres révolutions technologiques.
Yevheniia Miniailenko