Très attendu depuis sa présentation au Festival de Cannes 2025, le nouveau long-métrage de Sylvain Chomet est sorti en salle le 15 octobre 2025. Avec Marcel et Monsieur Pagnol, le réalisateur des Triplettes de Belleville renoue avec l’animation tout en rendant hommage à une du Midi : Marcel Pagnol. Entre héritage, mémoire et modernité, le film fait dialoguer le dessin, l’accent et la musique dans une même unité provençale.
La parole au centre
On connaît Sylvain Chomet pour son goût de la retenue et du geste. Dans Les Triplettes de Belleville (2003) ou L’Illusionniste (2010), les mots étaient rares. L’image, la musique et les corps racontaient tout : la solitude, la tendresse, la nostalgie. Chez Chomet, le dessin parlait à la place des personnages : un regard, un pas traînant, un coup de vent valaient bien plus qu’une tirade. Avec Marcel et Monsieur Pagnol, c’est l’inverse qui se produit. Le cinéaste du silence s’empare ici d’un monument de la parole. Pagnol, c’est le phrasé avant tout ! Ce film devient donc un dialogue entre deux langages : celui du trait et celui de la voix. Là où Chomet peignait des émotions muettes, il compose désormais une symphonie d’intonations.
Un Pagnol d’aujourd’hui
Sous ses allures de conte animé, le film raconte un pan de l’identité marseillaise : les collines, les cigales, les mots chantants. Tout y est aussi vrai que nature et pourtant avec une distance rêveuse. Le dessin adoucit les contours de la Provence et la transforme en souvenir. Le réalisateur filme le Sud comme un lieu de mémoire, celui des histoires qu’on raconte à table. Et au cœur de ce décor, Pagnol devient une figure mystique : celle d’un homme qui parlait de son pays comme un endroit sorti tout droit d’un poème.
Marcel Pagnol, l’âme de Marseille
On l’oublie parfois, mais Marcel Pagnol n’est pas seulement un écrivain ou un cinéaste : il est un symbole. À Marseille, son nom dépasse la littérature ; il incarne une manière de vivre, de rire, de parler. Chez lui, chaque conversation devenait un art, chaque personnage portait la ville dans sa voix. Ses films, de Marius à La Femme du boulanger, sont autant de miroirs d’un peuple : fier, bavard, tendre… Pagnol a donné à Marseille son imaginaire, celui d’une cité où la parole remplace la prière, où les histoires se transmettent de bouche en bouche comme des secrets de famille. En faisant revivre ce monde, Sylvain Chomet ne ressuscite pas seulement un auteur, mais tout un état d’esprit : celui d’un Sud qui parle haut et qui aime fort.
Quand SCH entre dans la partie
La musique d’outro signée Julien Schwarzer (plus connu sous le pseudonyme d’SCH), ancre le film dans le présent. Le rappeur originaire d’Aubagne pose sa voix grave sur une instrumentale nous rappelant les paysages vus durant le film. Sch en transposant sa mélancolie fière dans le langage d’aujourd’hui, prolonge la parole de Pagnol.
https://www.youtube.com/watch?v=UI6MNEduTL8
Héritage et transmission
En choisissant d’adapter Pagnol, Chomet réalise plus qu’un hommage. Il interroge son propre art : comment faire parler l’image sans la trahir ? Comment donner une voix à un dessin sans le figer ? Les visages animés ont la douceur des aquarelles et la chaleur des souvenirs. Le film s’inscrit dans une continuité : celle d’un cinéma artisanal, profondément français, où la technique s’efface derrière l’émotion.
La Provence retrouvée
Plus qu’un simple hommage, Marcel et Monsieur Pagnol est un retour aux sources. Un film qui parle d’enfance, de transmission et de lumière. Ce n’est pas la Provence carte postale, mais celle des mots, des silences, de la pétanque et des repas qui s’éternisent. Quand le générique de fin défile, on comprend que le film ne cherche pas à faire revivre le passé, mais à le prolonger dans nos cœurs.
Sacha Paraïso