Les Suffragettes : le combat féministe plus d’un siècle en arrière
Il y a un peu moins d’un mois, c’était la journée internationale des droits des femmes. Une journée qui, bien souvent, rime avec fleurs, promotions absurdes sur de la cosmétique ou de l’électroménager, communiqués maladroits des marques pour se donner bonne conscience, et surtout, “journée de la femme”. Tout, de l'appellation à la promotion, semble conçu pour effacer l’essence même de ce jour et du combat qu’il représente.
Au milieu de cette incapacité nationale à comprendre le but de l’évènement, nos deux professeurs d’anglais ont représenté pour nous une petite lueur d’espoir. Particulièrement enclins à sacrifier un cours de grammaire, qu’ils jugent quelque peu ennuyeux, ils se sont accordés pour organiser un visionnage du film Les Suffragettes, sorti en 2015. Quoi de mieux, en effet, qu’un film réalisé et scénarisé par des femmes, retraçant la lutte féminine historique pour l’obtention du droit de vote, pour redonner du sens à cette date du 8 mars ?
Une semaine plus tard, nous voilà alors confortablement installées sur une abrupte chaise en bois, dans une des nombreuses salles décrépies de l’INSPE d’Aix-en-Provence. Le cadre, loin d’être idéal, se fera pourtant vite oublier, nos esprits se laissant pleinement emporter par la puissance du récit visuel qui s’offre à nos yeux. Un tourbillon d’émotions qui ne peut laisser indifférent, qui nous plonge entre désespoir sourd et rage de vaincre.
Des rues londoniennes grisâtres aux intérieurs modestes des maisons, les plans sont volontairement sombres. Reflet du quotidien éreintant de ces femmes qui alternent entre travail sous-payé et corvées ménagères.
Le film ne nous épargne aucune scène dérangeante, illustrant aussi bien la misère la plus banale que les pires scènes d’injustice et de violence. Sans n’avoir jamais eu à le vivre, on comprend, grâce à la justesse du récit, ce que signifie être une femme britannique dans les années 1910. Et si, aujourd’hui, “féministe” sonne encore un peu comme un gros mot, ce n’est rien en comparaison de ce qu’impliquait alors l’engagement suffragette.
On suit principalement le personnage de Maud Watts, ouvrière dans la même blanchisserie depuis ses 14 ans, qui découvre la lutte presque par hasard, puis y prend part de plus en plus activement. Le film tisse son histoire avec celles de figures réelles, comme Emmeline Pankhurst, grande leader du mouvement, et d'autres fictives incarnant ces femmes anonymes qui ont porté la cause.
Lorsque son mari, hostile à son engagement, la chasse du foyer et lui interdit de voir son fils, Maud ne renonce pas. Si ce sacrifice aurait pu la décourager à poursuivre sa lutte, il ne la convainc finalement que davantage de la nécessité des droits pour lesquels elle se bat. Pour retrouver son fils, elle ne cédera pas à la facilité de se conformer à ce que l’on attend d’elle, mais revendiquera sa place juridique de mère.
Emprisonnements, grèves de la faim, gavages forcés, violences physiques : tout est montré avec une véracité telle qu’elle force à regarder l’histoire en face. Le film va jusqu’à représenter le (un) sacrifice ultime, celui qui fera enfin basculer l’opinion publique.
Malgré les images d'archives, il reste difficile de croire que de tels faits aient réellement eu lieu. Et pourtant, c’est dans ce climat brutal et rabaissant que, en 1918, les femmes britanniques de plus de 30 ans ont fini par obtenir le droit de vote.
Réalisé par Sarah Gavron et écrit par Abi Morgan, ce film nous pousse à interroger les fondations de notre société actuelle. Il nous invite à revisiter en détail les étapes marquantes qu’ont dû franchir les femmes pour permettre les avancées dont nous bénéficions aujourd’hui. En France, bien que les moyens aient été différents, les revendications demeuraient les mêmes. Et l'on peut affirmer qu'elles ont eu encore plus de mal à se faire entendre. Dans sa récente vidéo, La véritable histoire du féminisme, Gaspard G. retrace les grandes lignes du combat des féministes françaises, nous rappelant que ces luttes ne sont ni figées, ni achevées.
Cara et Ahès
Article en collaboration avec Eunoia Nova (@eun0iamedia)