D’abord situé dans les anciens cours de promenade des quartiers haute sécurité (QHS), le nouveau studio au SAS est inauguré en 2019. Il permet un lien plus important avec l'extérieur en proposant des projections ouvertes à la société extérieure dans le cadre de festivals. Les séances ainsi que les échanges sont filmés et retranscrits à l’ensemble du centre pénitentiaire. Pour les personnes détenues, l’association propose des ateliers rémunérés de préformation et de création audiovisuelle en plus des séances de projections. Au total, six séances sont programmées par mois ainsi qu’une séance avec un réalisateur pour créer un documentaire projeté en festival.
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Pour ce deuxième jour, deux films sont projetés en présence des réalisatrices. Machtat de Sonia Ben Slama tourné en Algérie et sélectionné pour l’acid cannes 2023. Ainsi que Bye Bye Tibériade de Lina Soualem, filmé entre la France et la Palestine. Il a été nommé pour représenter la Palestine aux Oscars 2024. Après un court discours de présentation du festival, le silence se fait, les lumières s’éteignent et les projections peuvent commencer.
Dans un quartier de Mahdia à 200 km de Tunis Fatma et ses filles, Najeh et Waffeh dénotent des autres femmes de la ville. L’hiver elles travaillent dans les champs et l’été elles sont des musiciennes traditionnelles de mariage bien spécifiques à cet endroit : des Machat. Nécessaires, respectées mais méprisées, elles ont une place particulière au sein de la population. “Elles sont complètement essentielles et pas très bien perçu car elles jouent en public et manipulent de l’argent” explique Sonia Ben Slama. D’un côté des mariages traditionnels à l’ambiance lourde. “Elles n’ont pas forcément envie de se marier” ajoute-elle.
De l'autre, les violences que les hommes font subir à la famille. Waffeh est victime de violence conjugale et Najeh est manipulé par un homme. On ne les voit quasiment jamais à l’image. “Les hommes sont souvent présents de manière satellite” précise la réalisatrice.
https://www.youtube.com/watch?v=9ebu27rvNww
Extrait 2 - Machat de Sonia Ben Slama - 2023 © ACID CinéIndépendant
Pendant les échanges du matin, les questions tournent autour de la production d’un documentaire, de ses financements ou encore du temps de tournage. “Quelles caméras avez-vous utilisé” demande Paul, la vingtaine. En tout 200 000 euros ont pu être réuni pour la réalisation de Machtat. Le tournage s’est écoulé sur 6 ans de 2016 à 2022, dont 15 semaines de montages. Présent sur l’affiche officielle du festival, ce documentaire est une production 100% FFM. Sonia Bel Salma et Tania El Khoury sa productrice se sont rencontrées pendant la première journée professionnelle du festival en 2015. L’équipe de tournage est d’ailleurs composée uniquement de femmes. “Les films de fiction sont majoritairement produits par des hommes mais ce n’est pas forcément le cas du documentaire” explique Tania El Khoury.
Après la pause du midi, pendant laquelle certains ont pu profiter du restaurant les Beaux Mets qui emploi des personnes détenus, la deuxième projection peut commencer. Bye Bye Tibériade est un documentaire intimiste sur Hiam Abbass, la mère de la réalisatrice Lina Soualem. Elles reviennent sur ces pas 30 ans après qu’elle ait quitté Deir Hanna son village palestien pour devenir actrice en Europe. Laissant sa mère, sa grand-mère et ses 7 sœurs derrière elle. Ensemble, elles rejouent les scènes de son enfance et reviennent sur l’histoire de quatre générations de femmes palestinienne. “ Si on parle de leur histoire on peut parler de l’histoire de pleins de personnes qui ont vécus la guerre et le déracinement” explique Lina Soualem.
Le film recompose des archives familiales et historiques afin de retracer leur fuite et celle de 800 000 autres Palestiniens, expulsés par l’armée israélienne en 1948. Débutée en 2010, la recomposition des images d’archives utilisées dans le film s’est avérée difficile. Elles ont été pour la majorité détruites ou volées par Israël. Les restantes sont notamment dispersées au Royaume-Uni et au Liban. Encore aujourd’hui, Tsahal bombardent des archives à Gaza. Les échanges autour du film sont l’occasion de revenir sur l’histoire de la Palestine, qui résonne tristement avec l’actualité. “Il faut prouver notre existence” conclut Lina Soualem.
https://www.youtube.com/watch?v=iQYo2pk1iAk
Trailer - Bye Bye Tibériade de Lina Soualem - 2023 © TIFF Trailers
Ce deuxième documentaire semble toucher particulièrement le public. “C’est comme si je te connaissais depuis des années” commente un spectateur. “Ça m'a beaucoup bouleversé” ajoute un autre. Les questions fusent toute la journée, et ce même après la fin des échanges. Finalement, assis sur les sièges rouges du studio image et mouvement, on oublie vite où l'on est. Là seule piqûre de rappel pourrait être les quatres surveillants pénitentiaire, mais eux aussi semblent intéressés par la programmation du festival.
François-Samuel Vanderheyden (Novembre 23)