« Vous êtes avec nous. Nous sommes avec vous » pouvait-on entendre sur les ondes de la révolte tchécoslovaque de l’époque. Un parallélisme n’a cependant pas suffi face à la symétrie tyrannique du régime soviétique.
Au début de l’année 1968, en Tchécoslovaquie, un vent de fraîcheur souffle pourtant sur le pays. Alexander Dubček accède le 5 janvier au pouvoir. En tant que premier secrétaire, il souhaite instaurer un « socialisme à visage humain ».
Liberté de la presse, d’expression : Prague quitte un temps l’hiver communiste pour le « Printemps des peuples », celui de la liberté. Le discours de l’Homme politique porte car les ondes sont bonnes. En effet, dans l’ombre, agit depuis quelque mois déjà la Radio Publique Tchécoslovaque. Cette officine publique, emmenée par un rédacteur en chef, Milan Weiner (joué par Stanislav Majer), convaincu de la lutte contre la désinformation communiste, impulse le mouvement. En préférant l’enquête de terrain à la lecture de dépêches signées par Moscou, les journalistes de la station prennent tous les risques pour tenter de contrer le narratif stalinien dicté.
Radio Prague, les ondes de la révolte, s’attache à nous délivrer, plus de cinquante ans après, comme une nécessité pressante, ces messages d’alertes diffusés sur les ondes de l’époque. Pour son premier long-métrage, Jirí Mádl tente de faire revivre, comme si nous étions en direct, nos deux oreilles tendues contre le poste de retransmission, l’enchaînement des événements jusqu’au tragique 21 août 1968 et l’invasion russe dans les rues de Prague pour mater la révolte et rétablir l’ordre.
Aux côtés de Vera Stovickova, Lubos Dobrovsky, Jiri Dienstbier et Jan Petranek, le rédacteur en chef Milan Weiner mène une lutte acharnée, faisant le dos rond face aux menaces, critiques et perquisitions incessantes des milices de l’Etat. Radio Prague nous immerge au cœur de cette rédaction en temps de guerre. Un seul mot d’ordre : résister pour informer.
Ondulations doucereuses
A cette épopée historique portée à l’écran par des acteurs campant le rôle de réels journalistes, devenus personnages historiques, s’ajoute le fictif Tomás Havlík (Vojtech Vodochodský). Jeune technicien doué, il est intronisé au sein de la rédaction à la fin 67. S’il n’a pas réellement existé, son rôle est majeur - sinon principal - dans l’histoire. Manipulé par un dirigeant politique qui lui fait du chantage, il sert de taupe au régime. De lui doit venir l’électrochoc communiste au cœur des ondes.
Immiscé dans le quotidien de la Radio Publique Tchécoslovaque, il prend néanmoins, à l’instar du reste de la population, la mesure des enjeux du combat. Il joue alors un rôle double avant de pleinement choisir son camp : la lutte pour la liberté. Sa personnalité réservée, son côté taiseux ainsi que son manque de confiance en soi font de lui un portrait robot de la société tchécoslovaque. Il représente l’esprit de cette population tiraillée, ne sachant pas à quel saint se vouer face à des signaux divergents. Est-Ouest ? quête impossible d’orientation.
En choisissant de mêler fiction et histoire, Jirí Mádl entreprend donc de peindre un tableau sociologique d’une époque. Si ce choix peut s’entendre, il donne au film une portée différente, moins historique et davantage personnelle. On peut regretter les inquisitions quelque peu traînantes et envahissantes dans la psychologie des personnages et leurs émotions - notamment une relation sans grand intérêt entre le personnage de Tomas et une journaliste - qui placent parfois au second plan les faits et bouleversements historiques.
De même, les incessants interludes musicaux - propres au genre de la radio, admettons - laissant échapper les mélodies de la liberté (pop anglaise et américaine), ralentissent quelque peu le récit et ne l’enrichissent guère.
Etes-vous toujours avec nous ? Même les meilleures émissions peuvent parfois connaître quelques passages à vide.
Gabriel Moser.
Radio Prague, les ondes de la révoltes de Jirí Mádl avec Vojtech Vodochodský et Vera Stovickova.
République Tchèque.
Sorti le mercredi 19 mars 2025. 1h54.