Dans une sorte de satire du modèle capitaliste, Park Chan-Wook place la famille dans une crise sociale.
Dans une sorte de satire du modèle capitaliste, Park Chan-Wook place la famille dans une crise sociale.
On croirait voir un genre de Parasite qui tente de lancer l’alerte. Aucun autre choix dépeint une famille bouleversée par une inéluctable sentence digne du meilleur et du pire du capitalisme. « L’homme fort » de la maison se retrouve au plus bas. Pour la première fois, il fait face à une perte de ses privilèges. Le film montre l’absurdité de l’Homme construit par ce modèle, et ce qu’il lui arrive quand il est submergé par ce modèle lui-même. Evidemment ces réactions sont extrêmes. Est-ce vraiment crédible de penser que quelqu’un qui se fait licencier tombe en dépression ? Oui, mais qu’il se mette à tuer ses concurrents, pas franchement.
Ces facilités scénaristiques, permises par l’exercice d’adaptation, donnent au réalisateur une liberté consternante, parfois juste, mais parfois excessive. Le film est très moderne. Il est lisse, propre. On trouve des couchers de soleil aux couleurs bien trop exagérées pour être cohérentes. L’étalonnage automnal montre des personnages pour qui l’hiver vient. Ce thème revient tout au long du film. D’abord, la pluie de pétales de cerisier annonçant la fin de carrière du protagoniste. Puis dans les couleurs du ciel, dévoilant la fin de plusieurs cycles. Enfin, la végétation montre elle aussi que c’est l’automne, que quelque chose, quelqu’un doit mourir.
Dynamique vomitive
D’abord, le dynamisme des plans rend ce long récit beaucoup plus appréciable, et beaucoup moins ennuyeux. Les caméras sont très mobiles et renvoient facilement à de nombreuses émotions. La peur, la frustration, la honte, l’empathie, mais aussi, la nausée. Car on en aurait des vertiges à force de bouger dans tous les sens. Bien que l’image soit propre, ce qui nous revient le plus est l’envie de vomir. Outre les mouvements, le visuel du dégoût est présent partout et tout le temps. Les personnages transpirent, sont en transes, ils saignent, ils respirent fort. On les voit marcher dans la boue, se confronter à la terre pâteuse.
Les cadavres ne sont pas plus agréables à voir. Le premier, avant même de passer l’arme à gauche, est déjà dégoutant. Pour le second, c’est tout l’inverse. Il respecte – trop - l’esthétique du film, jusqu’à ce qu’il reçoive la balle. Sous forme de cadavre, il est façonné pour donner la nausée. Dans un premier temps c’est par l’idée d’être découpé à la tronçonneuse puis c’est pire. Il est mis en boule et préparé tel un porc - parmi tant d’autres - pour servir d’engrais. Le dernier à mourir assène le coup de grâce. Il est horrible avant, pendant et après sa mort. Alcoolisé, transpirant, puis cerise sur le gâteau, rempli de vomi. Chacun de ces hommes marqués par le modèle capitaliste, est soit licencié soit sous pression. Leur destin nauséabond rappelle que nous sommes tous concernés par cette possible fatalité.
Pourtant, s’en sortent les femmes
Représentées fortes et libres, propres et sales, ce sont bien les femmes qui sont les moins inquiétées de ces situations. Comme si la pression sociale qui pèse sur les hommes venait d’elles. Les maitres de maison s’imaginent en victimes de leur patron, de leur femme, et bientôt du ciel. Ce sont les femmes qui symbolisent la raison, face à des mâles qui ne pensent qu’argent, pouvoir et supériorité. L’idée d’ouvrir un café ne semble bonne dans l’esprit du personnage principal que dans le cas de sa première victime, car il aurait préféré que la concurrence s’efface d’elle-même. Si nous laissions de côté la fin fataliste sur l’intelligence artificielle mal amenée et forcée, le vrai message du film pourrait alors être féminin.
Axel Thivent