La saison spooky bat son plein, et il serait dommage de ne pas parler de l’un des attributs principaux de cette fête : le visionnage de films d’horreur.
L’immense abondance de films d’horreur permet aujourd’hui au spectateur de vivre en toute sécurité l’expérience de la peur (les amateurs de true crime savent de quoi je parle), ce qui aide à réduire le stress, à obtenir une libération émotionnelle, mais aussi à accroître le niveau d’empathie et la compréhension des émotions d’autrui. Mais l’outil principal de l’horreur reste l’allégorie et la critique sociale : les films de ce genre savent habilement dissimuler les peurs collectives (racisme, angoisses politiques, inégalités). Derrière les multiples visages de monstres et de fantômes se cache une métaphore directe des politiciens, des humeurs sociales, de l’état économique du pays, des vices de la société, et ainsi de suite.
Le body horror est aujourd’hui l’un des sous-genres les plus populaires du cinéma d’horreur. Il permet de ressentir la vulnérabilité du corps et la peur de perdre le contrôle sur sa propre santé. Littéralement au cours des deux dernières années, deux films marquants ont été présentés dans les festivals de cinéma : Substance et le film norvégien La laide demi-sœur. Le thème commun de ces deux œuvres est la beauté et ses standards sociaux comme objet de critique.
Substance est un film presque satirique, teinté d’humour noir, sur la perte de soi sous la pression des standards sociaux et de l’industrie du show-business. Après avoir expérimenté un traitement expérimental, la vie d’une actrice autrefois célèbre, proche de la retraite, se transforme en une lutte contre elle-même. Ici, le body horror devient une critique de l’âgisme et de l’industrie de la beauté, où le corps se transforme en arène d’exploitation.
Dans La laide demi-sœur, la lecture traditionnelle du conte de Cendrillon est déplacée vers la belle-sœur « laide » de Cendrillon, Elvira. La réalisatrice Emily Blichfeldt s’est inspirée de l’idée d’une femme « qui ne correspond pas aux standards de beauté ». Tout au long du film, Elvira tente de modifier son apparence afin d’épouser le prince. Le film affirme clairement : être belle n’est pas seulement une question d’esthétique, c’est un moyen d’être acceptée, d’être digne, d’être visible. La transformation du corps devient un outil de réévaluation du pouvoir : celui qui contrôle son apparence obtient de l’influence. Elvira peut recourir à des changements, métaphoriques ou littéraux, pour surmonter son statut de « non-belle ». Le film suggère que la partie organique du corps engage un dialogue sur la valeur, la solitude et la reconnaissance. C’est l’image d’un « corps comme sujet ».
Les deux films montrent que la beauté n’est pas simplement une question d’apparence, mais une condition de survie. Ils montrent que la personnalité et l’apparence ne coïncident pas toujours et ne forment pas nécessairement un tout. Le corps effrayant devient ici un moyen de défier la culture. Le body horror contemporain avec des héroïnes féminines — comme dans Substance et La laide demi-sœur — reflète une perspective féministe : il dévoile la pression exercée par les normes de beauté, d’âge et de sexualité, montrant comment le corps de la femme devient un objet de contrôle. À travers les horreurs de la mutation et de la monstruosité, le genre parle d’un monde où la valeur de la femme est encore définie par son apparence, mais où le « monstrueux » devient un moyen de résistance et de recherche de sa propre place.
Un tel horror n’est pas seulement un spectacle effrayant, mais aussi une forme de réflexion : il aide à mieux comprendre notre société, ses standards et la manière dont ils influencent les femmes et leur identité.
Je vous souhaite un excellent Halloween et de ne regarder que des films de qualité.
Yevheniia Miniailenko