Quizz : À votre avis, quand on évoque le 9ᵉ art, à quoi cela correspond-il ? Au cinéma ? À l’architecture ? Au patinage artistique ? Non, rien de tout ça : le 9ᵉ art est tout simplement l’art de la BD ! Et ça tombe bien, car le Festival BD gratuit d’Aix-en-Provence prend ses quartiers dans l’ancien Couvent des Prêcheurs du 5 avril au 3 mai 2025.
Situé en centre-ville d’Aix-en-Provence, le Couvent des Prêcheurs est un bâtiment ancien, puisque sa construction remonte à 1272. Ancien, mais au cœur de l’actualité : le lieu a servi de décor au film d’épouvante américain La Nonne ainsi qu’à La Malédiction de Sainte-Lucie, sorti sur les écrans le 8 septembre 2023. Mais c’est avec un programme bien plus gai que le lieu s’est transformé en village graphique pour le mois d’avril. Expositions inédites, ateliers, performances en direct et week-ends festifs en compagnie des artistes invités en dédicace : de quoi ravir petits et grands !
Après avoir franchi l'entrée, nous saluerons Bernie, un robot interactif conçu par Mirage Makers. Cet accueil par l’associé loufoque de Jules Verne nous conduit ensuite dans la cour intérieure du couvent où un cube nous fait face. Il s’agit des Rupestres, une performance réalisée en direct le samedi 12 avril par Edmond Baudoin, Chloé Cruchaudet, David Prudhomme et Troubs. Chaque artiste réinvente, sur une face du cube, l’esthétique des peintures préhistoriques. (Peut-être s’agit-il d’un clin d’œil à Jul, le dessinateur de Silex and the City ?)
Toujours au cœur du jardin du cloître, Sophie Guerrive imagine un cherche-et-trouve géant avec un clin d’œil évident à Où est Charlie ? grâce au personnages de ses trois séries phares : Tulipe, Le Club des Amis et Crocus, parues aux éditions 2042 (ex-2024). Attention : pour retrouver ces personnages dans la multitude de détails, il vous faut plus qu’un clin d’œil !
En déambulant dans le bâtiment végétalisé aux murs défraîchis, nous découvrons plusieurs expositions toutes aussi ludiques les unes que les autres. Parmi elles, celle de Matthias Picard nous propose de percer les mystères de fabrication de son ouvrage JeanJambe et le mystère des profondeurs en suivant le fil d’Ariane laissé par ce drôle de randonneur spéléologue. Matthias est lui aussi, en quelque sorte, spéléologue, puisqu’il a puisé dans les réserves du Muséum d’Histoire naturelle d’Aix-en-Provence pour créer des images en 3D pour l’exposition ! Une sorte de musée dans le musée en somme… Musée ou salle de cinéma ? Équipés de lunettes 3D, nous explorons, grâce aux conseils avisés des médiateurs présents, les entrailles d’un volcan en relief.
Très vite, nous troquons ces lunettes contre un stylo, lui aussi un peu magique : un stylo à encre invisible, comme ceux de notre enfance. C’est avec cette technique que Mathilde Domecq crée ses Amours fantômes. « Le principe même de ces illustrations est celui de la double lecture. On voit une personne qui vit sa vie, et dans un second temps, grâce à une encre spéciale et une lampe UV, on voit apparaître le fantôme qui l’accompagne. C’est cette magie de l’apparition et de la disparition qui rend l’émotion encore plus palpable », précise Mathilde sur un des cartels de l’exposition. Née sur Instagram, la série devient un livre, sorti en octobre, qui offre deux cents pages aussi captivantes que ludiques.
Si les éditions précédentes du festival ont parfois été plus subversives, les organisateurs ont misé cette année sur l’accessibilité aux plus jeunes. C’est en tout cas ce qui ressort de cette nouvelle édition du Festival du 9ᵉ art : une dimension enfantine, ponctuée de jeux et de blagues. Le tout conçu pour susciter l’interaction avec le spectateur. Et cela plaît aussi aux plus grands, ravis de retrouver un univers peuplé de créatures en tout genre, comme celui des Monstres dans les placards, illustré par Bruno Salamone. Si ce titre fait inévitablement référence à la série jeunesse la plus connue de l’artiste, il serait faux de réduire ses talents à ceux d’un illustrateur pour enfants. La preuve : ses dessins proches de l’écriture automatique. Bruno Salamone précise sur un des cartels : « Les dessins que je préfère, ce sont ceux où je pars d’une feuille blanche, sans idée, où un personnage va apparaître, puis en amener un autre… pour arriver à des compositions qui me ressemblent. C’est une liberté qui n’arrive que peu dans les projets que j’illustre pour la jeunesse. Ce sont de vrais moments intimes qui fonctionnent aussi pour les grands. »
Le festival met aussi la région à l’honneur. À l’image de Bruno Salamone, Marseillais d’adoption, nous retrouvons de nombreuses références à la Provence à travers les expositions. S’il est impossible de citer tous les artistes participants, une mention spéciale revient au plus Aixois de tous : Julien Neel et son héroïne Lou, la jeune fille blonde, un peu hippie, fan de scrapbooking, qui fait rêver tant d’enfants depuis leur plus jeune âge.
Le samedi 3 mai, dès 20h15, il a participé, dans le jardin du Couvent des Prêcheurs, à la soirée de clôture du festival. Entre concert dessiné, battle de dessins, mini-expo en plein air, Julien Neel et ses invités ont été accompagnés du musicien Nxquantize pour un grand moment de fête. De quoi ravir les fans du 9ᵉ et du 4ᵉ art !
Virgine Schadler