Pachalajadou est une artiste pluridisciplinaire qui réalise à la fois des peintures, des illustrations digitales, des photographies et des pièces en crochet. Tout ça ! J’ai pu la rencontrer pour discuter de son art autour d’une limonade.
Elle a commencé, comme nous tous.tes quand nous avions quatre ans, une boîte de crayons et un rêve : par le dessin. Puis l’art a pris une place très importante dans son éducation. Même s’il n’avait pas forcément conscientisé ce qu’il était en train de transmettre, son père a toujours peint, chanté et joué de la musique. À la maison les règles étaient simples : on mange pour se nourrir, on boit pour s’hydrater, on pratique l’art pour extérioriser. Elle s’est ensuite mise à la photographie en prenant des clichés avec des argentiques jetables. Son goût pour la photographie s’est développé et elle a commencé à tenir une version visuelle du journal intime par lequel beaucoup d’entre nous sont passés. Depuis, elle n’a jamais arrêté.
Aujourd’hui, l’art a toujours une place centrale dans sa vie. Il a même pris davantage d’importance, puisque Jade peut maintenant en vivre et n’est plus obligée d’enchaîner les boulots alimentaires comme elle l’a longtemps fait. L’art est pour elle le meilleur moyen de se trouver car il permet la communication entre nous et notre inconscient. Il ne se rapporte donc pas seulement aux toiles vendues à des milliers et aux grands noms connus de tous, c’est quelque chose de quotidien que chacun devrait pratiquer, de manière thérapeutique. L’artiste marseillaise a d’ailleurs suivi une formation en art thérapie qui lui a permis d’approfondir cette dimension. Surtout, l’art tel que l’envisage Jade n’est pas élitiste, tout le monde peut y avoir accès. Elle me confie même trouver parfois l’avis des personnes qui ne s’y connaissent pas particulièrement en art plus pertinent et intéressant que celui des experts en la matière. En effet, les personnes qui ne s’y connaissent pas ont peut-être un regard moins biaisé, une réaction plus spontanée et authentique. Pas besoin, donc, de s’appeler Stanislas, de bruncher tous les dimanches, ni d’avoir fait vingt ans d’études pour s’exprimer sur le sujet.
La pratique de l’art joue donc un rôle essentiel dans la vie de Jade. En plus d’en avoir fait son métier, elle l’utilise comme un moyen d’expression, comme un outil lui permettant d’extérioriser ce qu’elle ressent. Quand elle sent les émotions la submerger, son premier réflexe n’est pas de chercher un oreiller dans lequel hurler : elle préfère se munir de son pinceau ou de sa tablette graphique. Mais pourquoi pratiquer autant de formes d’art différentes à la fois ?
On pourrait penser que pratiquer autant de formes artistiques différentes, c’est « se disperser » et donc les appauvrir individuellement. Or, Jade m’explique qu’en réalité, la pluridisciplinarité enrichit son art. Son travail en peinture peut l’aider pour la photo, son travail en photo peut l’aider pour la danse, ainsi de suite. De plus, il lui arrive de mêler les formes d’art entre elles : pourquoi s’en priver ? Elle s’est par exemple prise en photo et incorporée dans la maquette d’une maison de poupée qu’elle avait construite auparavant. Ainsi, alors que nous nous contentions de rêver en regardant Barbie’s Dream House, elle, en a fait l’expérience. De la même manière, elle travaille actuellement sur un projet concernant ses origines vietnamiennes, qui mêle à la fois vidéo, son, dessin, animation 2D et photographie.
L’une des constantes de l’art de Pachalajadou, est qu’elle crée toujours des univers et des décors très colorés. Elle m’explique que cela n’a pas toujours été le cas. Son art étant un exutoire, pendant la période sombre qu’était son enfance, elle ne dessinait et ne peignait quasiment qu’en noir et blanc. Ce n’est qu’en entrant dans la vingtaine que Jade a ajouté toutes ces couleurs à ses œuvres. Ce changement dans son art allait de pair avec une volonté d’être heureuse et de devenir une bonne personne. En effet, les univers colorés et rassurants qu’elle construit sont autant de safe spaces dans lesquels elle et nous pouvons nous réfugier. Son art est comme un câlin ou un « ça va aller » de la part d’un.e proche. Ses créations peuvent même paraître absurdes pour certains, car elles sont à l’opposé de ce que l’on peut ressentir aujourd’hui face au flux d’informations inquiétantes que l’on reçoit au quotidien. Cependant, à travers son art, Jade offre la possibilité de s’émerveiller devant la beauté de la vie et des gens qui la constituent.
L’art de Jade a quelque chose de particulièrement rassurant pour les femmes et les minorités de genre. Ses œuvres constituent de véritables espaces de sororité rassurants et réconfortants dans lesquels les femmes vivent et s’habillent exactement comme elles le veulent. En clair, ça fait rêver. Elles évoquent selon moi à merveille le fait d’être une jeune femme dans la vingtaine, qui entre dans le monde adulte sans oublier l’enfant qu’elle était et en faisant de son mieux pour la rendre fière.