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Arts de la scène

Specimen raconte l’histoire d’une vie rythmée par les mêmes gestes et leur manque de sens. Comprendre ce qui cloche pour en changer. Se transformer. Les répétitions des premières scènes, où la vie d’une employée au rayon Poissons&Crustacés d’un hypermarché est dépeinte comme banale et sans fond, rendent le moment presque risible ; “on pose, on pèse, on tape, on colle”. Même si le ridicule ne tue pas, au pire, il déprime, mais autorise la métamorphose. 

 

“La cro-cro-cro…la cro-cro-cro…la cromagnonne” 

 

Acteurs, actrices et marionnettes s’entremêlent dans cette pièce douce et complexe. Même si le sens global est facilement perçu, des tas de détails se cachent dans chaque scène. Le discours des actrices est soutenu, ferme, intense. Il n’est pas toujours évident d’en percevoir toute la subtilité, mais les gestes complètent aisément les paroles. La fumée projetée de sous la scène rend l’image flou, comme si l’on rêvait du moment. La sensation d’être en prison ressurgit. Le besoin de liberté s’éveille. 

Le discours est toujours narré à la troisième personne, en rappelant très souvent aux spectateurs et spectatrices que Lucy Afarensis a 46 ans. Ce rappel marque encore plus le manque de sens d’une vie entière. Le manque de sens de la société qui exploite un corps, presque sans nom, maltraité par son supérieur et réduit à l’état de “cromagnonne”. Mot qui, pris au pied de la lettre par Mme Afarensis, la plonge dans le passé avec ses confrères et consoeurs cromagon.nes. 

Alors, Mme. Afarensis, 46 ans, entre la tête la première dans cette “fable paléontologique burlesque”, écrite par Gwendoline Soublin et mise en scène par Emilie Flasher. Le spectacle commence. 

 

Qu’est-ce qu’on en pense ? Qu’est-ce qu’on en tire ? 

 

Connaissez vous la sensation lorsque vous sortez d’un film au cinéma et que vous vous dites: “wow, j’ai pas vu le temps passé”. Et bien c’est ce que j’ai ressenti lorsque les applaudissements ont commencé à vrombir dans la salle sombre du théâtre de la Joliette. La pièce transmet énormément d’informations, chacune transcrivant une émotion particulière qui, pour autant, laisse libre cours à notre imagination. C’est une ouverture que j’ai trouvé particulièrement intéressante. Le sentiment d'inaccomplissement qui rend fou m’a vraiment frappé. On s’identifie assez facilement à Mme Afarensis, qui n’est, au final qu’une Mme “tout le monde”. 

Le jeu complété de celui des marionnettes rend les scènes évidemment plus visuelles. Même si silencieuses, elles offrent alors chacune une ambiance, une couleur. En courant, avalée ou dans un bus, Lucy fait les 400 coups accompagnée de ces petits ou grands spectres en papier mâché. Il faut avouer qu’elles ont un air presque intimidant, ce qui nous empêche d’en détourner le regard… J’ai vraiment aimé le mélange entre ces deux arts qui, je ne l’aurais jamais vraiment pensé, se complètent à merveille ! On voit que c’est un travail minutieusement organisé, presque millimétré. 

La morale est belle est perceptible : “nous sommes tous des Lucy Afarensis coincées dans une strate du temps et nous sommes tous·tes des spécimens ouverts à d’autres mondes possibles.” - https://www.cie-arnica.com/specimen

Bravo à toute la troupe ! 

 

Dauby Janelle