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Arts de la scène

Si vous avez déjà entendu parler de Drag Race, alors les noms de RuPaul, Nicky Doll, Paloma ou encore la Grande Dame vous parlent sûrement. En effet, cela fait plus de quatre ans que l’émission Drag Race a vu naître sa version française, animée par la célèbre Nicky Doll. Pourtant, l’image du drag renvoyée par cette émission, si importante et qualitative soit-elle, ne correspond qu’à une infime partie de ce que l’on pourrait appeler le Drag à la Française. En effet, comme son nom complet (RuPaul’s Drag Race) l’indique, l’émission est formatée selon la vision que RuPaul a du Drag, ce qui exclut automatiquement certaines variantes alternatives de cet art.

 

En habitant à Marseille, j’ai pu me rendre compte à quel point cet art était riche et varié, du fait de son absence de réels codes. Des Drag Queens, Drag Kings et Créatures de tous âges performent chaque semaine et il y en a pour tous les goûts. Ces artistes créent, explorent et développent leur propre univers, qu’il soit exagérément féminin, masculin ou androgyne. 

Certain.es ont un univers très particulier, comme Scott Von Teufel et Stevie Rosebush, qui, à chaque performance, nous entraînent dans leur monde parfois sombre voire effrayant, mais toujours très envoûtant. Comme tout droit sorties d’un conte de fées, les deux sœurs ne laissent jamais le public de marbre. Leurs chorégraphies et leurs accessoires aussi mystiques que mystérieux laissent autant de place à l’imagination que le crâne chauve de Stevie laisse de place aux traits d’eye-liner démesurément longs. 

D’autres ont construit des univers que l’on pourrait qualifier de plus « pailletés », où la féminité et la sensualité règnent en maître. C’est par exemple le cas de Bettie Bitch (sosie drag de Lady Gaga) ou encore de Divina Divine, dont les minijupes pourraient tout aussi bien servir de ceintures. Ces reines brillent autant par leurs tenues et leurs maquillages souvent très travaillés que par la complexité de leurs chorégraphies.

 

Les performances d’Aria Jhon’s, par exemple, sont notamment rendues spectaculaires par les mouvements propres au voguing qu’elle intègre à ses lipsyncs (performances qui consistent à danser et à synchroniser les mouvements de ses lèvres aux paroles de la musique pour donner l’impression que l’on est en train de chanter). 

La drag queen Ruby Lub, elle, maîtrise à la perfection le concept de métamorphose. Elle peut incarner un démon assoiffé de sang tout comme une diva séduisante et séductrice. En réalité, peu importe qui (ou quoi) elle décide d’être, elle reste toujours reconnaissable par son attitude magnétique et sa capacité à capter tous les regards. 

D’autres queens, telles que Nicky la Merguez, que vous avez pu apercevoir à Marseille sur le char de la pride 2025 et dont le nom ne cessera jamais de me faire sourire, développent d’autres aspects de l’art drag en se décentrant parfois de la performance (et du lipsync) à proprement parler. En effet, avec son concept « Les 1001 contes poèmes et légendes de Tata Merguez », Nicky place l’art du récit et de l’animation, parfois oubliés, au centre de son drag.

 

Selon moi, le point commun entre tous.tes ces artistes est leur engagement politique. En effet, leur art n’a pas seulement un objectif esthétique ou divertissant. Derrière leurs performances et leurs animations se cachent un but personnel, consistant à se réapproprier son corps, souvent commenté et jugé lorsqu’on est une personne queer dans un monde hétéronormatif, mais également la volonté de faire passer des messages forts. C’est ce qu’a fait Kira The Freaky Doll, âgée de seulement 14 ans lors de sa première performance, en brandissant un drapeau palestinien en signe de revendication d’un réel cessez-le-feu, sous les applaudissements des spectateurs. De nombreux événements ont d’ailleurs comme objectif de récolter des fonds, que ce soit pour apporter de l’aide aux flottilles se dirigeant vers Gaza, ou pour faire avancer la recherche autour du sida. En effet la soirée Drag 2 Mars « édition sidragtion » aura lieu à l’Espace Julien à Marseille le samedi 6 décembre. Quarante-trois artistes drag (oui, quarante-trois !) se produiront sur scène en duos ou en trios et la quasi totalité de l’argent récolté par la vente des billets sera reversée au Sidaction pour la recherche contre le VIH.

 

La scène drag marseillaise est donc un espace effervescent bien que déjà très riche. De nouveaux talents ne cessent d’apparaître, notamment grâce aux scènes ouvertes durant lesquelles les artistes déjà établi.es laissent la place aux novices voulant s’essayer à l’art du drag. Ainsi, la cité phocéenne permet non seulement à de nombreuses branches de l’art très ouvert qu’est le drag d’être représentées, mais elle permet également aux artistes en question de développer un univers qui leur est propre et de s’exprimer sur des sujets qui leur tiennent à cœur.

 

Solène Thésée