fond art scène
Arts de la scène

Être convié au théâtre à s'asseoir dans les gradins, à regarder des convives du théâtre à s'asseoir … sur la scène.
Ou plus exactement, à s'asseoir à table sur scène, en tête à tête avec le public, qui les regarde comme ils les regardent, mais qui ne leur répond pas comme ils leur parlent. Drôle de rencontre, drôles de réflexions de la part de ceux qui sont sur la scène envers ceux qui disparaissent normalement derrière le “4ème” mur. Même si le troisième mur disparaît lui aussi … Enfin bon, ne divulgâchons rien, nous en parlerons plus tard !


    Avant de rencontrer ces convives exceptionnels, nous avons été des conviés particuliers de La Criée à notre tour !
C’était ce 26 janvier, un vendredi soir, juste avant la représentation d’une pièce. Quand je dis “nous”, c’est de vos dévoués rédacteurs en herbe de “Polychrome” dont il s’agit. Dans les bureaux qui se cachent derrière la billetterie et les vestiaires, nous avions rendez-vous avec les acteurs de l’ombre du théâtre : des employés mystérieux que le public ne vient pas rencontrer au théâtre, alors que pour eux le public est la raison d’être de leur travail ! Simon Colladant et Béatrice Duprat, le chargé des relations avec les publics et la responsable des relations presse. Notre entrevue fut courte, mais si vous voulez savoir, nous avons bavardé journal et théâtre !

Il était déjà 19h (l’heure du dîner !), l’heure de se diriger vers LA salle, et de nous mêler aux autres spectateurs pour laisser le statut de “convives particuliers” à ceux qui allaient bientôt entrer sur scène pour le “Repas des Gens” - la dernière “création” du CDN (Centre Dramatique National) de Marseille.


Une arrivée timide digne d’une première fois. Les néophytes entrant sur scène se présentent : on les a invité en retour d’un des dîners qu'ils organisent chaque semaine dans leur quartier, le seul où ils n’aient jamais vécu et toujours ensemble.
Ils sont bavards, enfin, surtout elle, elle me fait penser à ma grand-mère, c’est amusant. Comme ce personnage a l’air réél. Elle a l’air de croire être rééllement cette femme, invitée au théâtre à dîner pour le découvrir en compagnie de son mari, pas très bavard, lui me fait penser à mon grand-père. Elle n’a pas l’air de particulièrement vouloir nous plaire ou nous instruire, elle n’a pas l’air d'interpréter un texte méticuleusement appris et rendu. Elle, ces regards attentifs et ce silence respectueux la gênent. Malgré la singularité de la situation, elle s’y fait vite et se met à l’aise, se débarrassant de son manteau auprès du régisseur et prenant place à table. 
C’en suit un monologue presque statique et ininterrompu du couple, pourtant animé non pas en dépit mais avec ses silences, assumé par la femme, et ponctué d’adhésions parfois mitigées de son mari, racontant leur vie et décrivant leurs faits et gestes présents, auxquels le public assiste en direct, s’adressant à lui, toujours si sage, osant à peine répondre aux questions qui leurs sont adressées. Comme la première : “Pourquoi vous ne répondez pas ?”. Peut-être par timidité de se trouver sous la hauteur de la scène ; peut-être par convention ; peut-être par couardise d’être parmi une foule anonyme dont chacun est moins légitime que l’autre à se sentir particulièrement interpelé par les deux convives exceptionnels qui s’adressent à eux … 


Et pourtant chacun se sent bien particulièrement concerné par la scène qui se joue pour eux, chacun se questionne et se sent intimement questionné dans sa place de spectateur, chacun reçoit cette réflexion qui touche jusqu’au fait de se trouver dans un théâtre à contempler des inconnus, des n’importe qui, que l’on pourrait rencontrer lors d’un simple dîner de quartier.


Mais c’est exactement ça : le théâtre c’est le monde. Theatrum mundi, la première leçon baroque. Et dès son commencement cette pièce se présente comme une initiation au théâtre, en miroir avec ces deux prétendus néophytes. Après ces réflexions essentielles sur l’institution du théâtre et ces conventions - que nous incarnons instinctivement, comme si le cadre du lieu l’imposait à nous spectateurs -, ce sont les ressorts de l’art théâtral qui sont illustrés tour à tour : les différentes formes de comiques (une situation surprenante, des répétitions exagérées) ; les artifices et l’illusion théâtrale d’une source d’eau (re)naissante au plein centre de la scène, puis, l’orchestration soudaine d’une ambiance glauque grâce à une simple machinerie de jeux de lumière et de fumée à l’effet sensationnel ; et le clou de tout, les dessous du théâtre dans sa forme matérielle, ou devrai-je dire les derrières de la scène au sens littéral : l’envers du décors ! au sens propre !! Au grand désarroi du régisseur et au grand bonheur des spectateurs, le 3ème mur s’effondre, le rideau du fond se lève, et laisse percevoir tout ce qui doit rester inconnu du public pour que l’illusion fonctionne. Et malgré cette révélation, la femme semble encore croire à tout ce qui s’est joué sur ce théâtre, et qui s’apprête à se rejouer le lendemain, comme il le fut la veille.


Avec “Le repas des Gens”, La Criée se présente donc comme un hôte de qualité. Pour la somme symbolique de 1€, il invite les étudiants à s’asseoir dans ces gradins et à découvrir jusqu’aux coulisses de son théâtre sur scène ; comme il a convié Polychrome à rencontrer ses représentants hors scène. 

Retrouvez le programme de la criée ici : Spectacles - La Criée 
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