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Arts de la scène

Animal marin qui apparaît dans les récits bibliques, le Léviathan est un mythe ayant trait au combat entre le Créateur et le Chaos (personnifié par des forces marines). Sa forme n’est pas précisée, apparenté au dragon, au serpent et au crocodile du Nil qui abondait au pays des pharaons. Le feu peut sortir de sa bouche, la fumée de ses narines, son cœur est dur comme la pierre, il fait bouillir le fond de la mer, créé pour ne rien craindre, il n’a aucun maître.


Dans sa pièce, Lorraine de Sagazan utilise ce monstre comme métaphore pour parler de l’État, reprenant l’idée de Thomas Hobbes dans son œuvre majeure : Léviathan.


Nous assistons à 3 comparutions chronométrée. Dans le temps imparti de la pièce, Lorraine de Sagazan s’est donné le défi de nous faire douter de la fiabilité de la justice punitive en France. Repensons ensemble la peine et le châtiment.


Les infractions sont les suivantes : petite échappée à moto sans casque, vol de vêtement pour enfant d’une mère pour sa fille de 6 ans, et propos violent tenus à des policiers. Le verdict tombe, toujours le même, comme une grande ombre sur leur vie : la prison.


L’engorgement des tribunaux influence les choix en défaveur des accusés. Les personnes marginalisées sont surincarcérées. Pourtant les prisons françaises sont surpeuplées, jugées indignes par la Cour européenne des droits de l’homme. Or 70% des peines prononcées correspondent à des peines de prison ferme.
La notion de temps est au cœur du spectacle. On vole du temps au gens. Les barreaux définissent un espace où l’on n'a rien à faire. On attend Godot, qui semble ne jamais venir.


Le ton n’est pas monotone puisque les voix se surprennent à chanter et les corps à danser.


Un cheval clair passe. Un cheval sans intentions si ce n’est de gouter aux manuels de droits qui trainent trop longtemps sur la table. Du papier ou du foin, quelle différence ? Des articles de droits sont mâchouillés dans sa bouche, les lettres bavent dans sa salive. Il s’en va comme il est venu. Sans prévenir.


Puis pour la quatrième comparution, le silence appuie sur nous si fort que le public s’est agité dans la salle. Qu’est-ce que sont ces 16 minutes de jugement face aux longs mois de prison qu’elles entrainerons ? Une fin audacieuse qui conclut un spectacle que j’invite tout le monde à aller voir !

 

Infos et contexte : programmée fin novembre à Marseille au théâtre de La Criée, la pièce poursuit sa tournée avec une date à Martigues au théâtre des Salins le jeudi 2 avril. Il s'agit d'un texte inspiré de faits réels, écrit par Guillaume Poix et mis en scène par Lorraine de Sagazan. 

 

Caroline LEFEVRE